Instabilité et transport dans des suspensions de particules non Browniennes oscillantes dans des géométries confinées
Mots clés
Mots clés contrôlés
Mots clés libres
Résumé
Cette thèse étudie les écoulements oscillants de suspensions de sphères non browniennes dans des canaux étroits. Les écoulements de suspensions sont répandus dans la nature et les systèmes industriels et biologiques, et les écoulements oscillants sont intéressants en raison de l’influence des inversions de flux. Des expériences antérieures au laboratoire FAST et au Grupo de Medios Porosos ont montré que l’écoulement oscillant de suspensions dans des cellules de Hele-Shaw peut être instable, entraînant une modulation de la concentration en particules le long du canal. Un tel comportement était nouveau et a motivé la présente étude. Notre objectif dans ce travail a été de comprendre cette instabilité à partir des variations temporelles des champs de vitesse et de concentration, ainsi que de la microstructure de la suspension, à la fois à l’échelle d’une période d’oscillation et à celle du développement de l’instabilité. À cette fin, nous avons utilisé une technique optique permettant de suivre les particules individuelles à l’intérieur de la suspension et d’obtenir à la fois des statistiques microscopiques (distributions de paires) et des grandeurs macroscopiques (concentration locale et vitesse des particules). Nous avons utilisé des sphères de PMMA (acrylique) en suspension dans un liquide newtonien avec des fractions volumiques moyennes de particules ϕb = 0,2-0,4. Les particules, de diamètre 40 et 85 μm, étaient non-browniennes. Le fluide suspendant était une solution aqueuse de même densité et indice de réfraction que les particules, afin d’annuler la sédimentation et de rendre la suspension transparente. L’écoulement avait lieu dans des canaux rectangulaires saturés par la suspension (longueur = 150 mm, épaisseur 2b=1 ou 2 mm, largeur = 10 mm correspondant respectivement aux directions x, y et z). Une pompe à seringue induisait des variations périodiques de débit en onde carrée (période T=2-20 s) entraînant des amplitudes de déplacement A=2b-20b et des nombres de Reynolds inférieurs à 1. L’utilisation d’un fluide fluorescent et l’éclairage du canal par un plan laser mince, parallèle à sa longueur et à son épaisseur, permettaient d’observer les particules et de déterminer leur position, vitesse et concentration locale. Au début de chaque expérience, la fraction volumique locale ϕ et la composante de vitesse Vx étaient constantes avec x et la composante transversale Vy était ≈0. Après quelques oscillations, et toujours avec Vy≈0, la fraction locale ϕ devenait plus grande au centre (y=0) qu’à proximité des parois (y=±b) en raison de la migration des particules induite par le cisaillement, entraînant une viscosité plus élevée dans cette région et un profil de vitesse aplati. Ensuite, ϕ cesse de croitre et une composante d’écoulement secondaire transverse Vy périodique d’une longueur d’onde ≈7b apparaît le long de x : elle correspond à une séquence de cellules de recirculation de directions alternées changeant aux inversions du flux moyen et convectées par celui-ci. Simultanément, la bande de haute concentration près de y=0 développe des distorsions transversales de même longueur d’onde qui, elles aussi, sont convectées par les oscillations du flux moyen. L’amplitude à la fois de la vitesse d’écoulement secondaire et des distorsions de la bande de haute concentration augmente à peu près exponentiellement jusqu’à saturer. Le taux de croissance correspondant augmente avec la fraction volumique moyenne ϕb et devient nul en dessous d’une valeur seuil A/b≈1 de l’amplitude de déformation. Ces deux observations suggèrent que l’instabilité résulte des interactions irréversibles entre particules, probablement par des contacts solides, et que l’inversion de flux joue un rôle important dans son développement. La microstructure de la distribution de paires de particules avant l’apparition de l’instabilité montre une asymétrie avec un excès transitoire de paires se séparant après chaque inversion de flux.