Thèse soutenue

Évolution clonale et phénotypique du mésothéliome pleural à l'échelle de la cellule unique

FR  |  
EN
Auteur / Autrice : Maya Arnould
Direction : Didier Jean
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Oncogenèse
Date : Soutenance le 02/10/2025
Etablissement(s) : Université Paris Cité
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale Hématologie, oncogenèse et biothérapies (Paris ; 2014-....)
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Centre de recherche des Cordeliers (Paris ; 2007-....)
Jury : Président / Présidente : Diane Damotte
Examinateurs / Examinatrices : Virginie Westeel, Fabien Forest
Rapporteurs / Rapporteuses : Sarah Watson, Lucas Treps
DOI : 10.70675/2ead031ez03f1z4d85za668z3c22c9e66c19

Résumé

FR  |  
EN

Le mésothéliome pleural (MP) est un cancer agressif qui se développe à partir des cellules mésothéliales tapissant la cavité pleurale, et qui est souvent lié à une exposition à l'amiante. Malgré des avancées thérapeutiques récentes, notamment la double immunothérapie anti-PD1 et anti-CTLA4, les réponses des patients restent limitées, avec une médiane de survie de seulement 14 à 18 mois. Le MP est une tumeur hétérogène avec notamment une forte hétérogénéité intra-tumorale, qui pourrait, en partie, expliquer la variabilité de réponse aux différents traitements par l'émergence de populations cellulaires résistantes. Sur le plan histologique, 3 types majeurs ont été décrits : le type épithélioïde, le type sarcomatoïde qui est le plus agressif et le type biphasique qui est un mélange des deux. Notre équipe a défini un gradient histo-moléculaire basé sur des données transcriptomiques en bulk, permettant d'estimer la proportion de composantes épithélioïdes (E.score) et sarcomatoïdes (S.score) dans un échantillon donné, reflétant ainsi l'hétérogénéité histologique au niveau moléculaire. De manière surprenante, ce gradient a révélé qu'une large proportion des échantillons étaient constitués des deux composantes, alors que le type histologique biphasique ne représente que 20 % des cas. Une meilleure compréhension de cette hétérogénéité phénotypique est cruciale, notamment en raison de la valeur pronostique du phénotype sarcomatoïde. Mes travaux de thèse ont permis de disséquer cette hétérogénéité à l'échelle de la cellule unique au niveau phénotypique et de reconstruire l'évolution clonale du MP. Pour cela, nous avons réalisé des approches transcriptomiques en cellule unique sur des échantillons tumoraux congelés et des lignées cellulaires issues de tumeurs de patients et maintenues en culture à faible passage. Nos résultats montrent l'existence de 4 phénotypes de MP à l'échelle de la cellule unique : les types épithélioïde (E) et sarcomatoïde (S) précédemment décrits, ainsi que deux nouveaux types : intermédiaire (I) et non-différencié (ND). La majorité des échantillons étaient homogènes, présentant un seul type de cellules, mais certaines tumeurs présentaient une hétérogénéité phénotypique avec un mélange de cellules de types I et S. Les analyses d'évolution clonale ont mis en évidence différents types d'architecture clonale, avec, dans la plupart des cas, une diversité intra-tumorale résultant d'une évolution non linéaire, marquée par la présence de multiples sous-clones. L'hétérogénéité phénotypique intra-tumorale observée précédemment est associée à cette évolution sous-clonale, où un clone parental de phénotype I donne naissance à un sous-clone de phénotype S, suggérant une forte héritabilité des phénotypes dans le MP. Ces sous-clones sont maintenus in vitro dans les lignées cellulaires et conservent leurs phénotypes spécifiques. Une analyse de transcriptomique spatiale nous a permis de valider ce lien et de décrire l'organisation spatiale des sous-clones au sein de la tumeur. Nos résultats apportent une caractérisation approfondie des cellules tumorales du MP à l'échelle de la cellule unique et révèlent un lien étroit entre évolution phénotypique, architecture clonale et organisation spatiale de la tumeur. Lors de ma thèse, j'ai également développé un projet annexe portant sur l'identification de cibles thérapeutiques dans le MP. Grâce à un criblage par ARN interférence, j'ai montré que l'inhibition simultanée de YAP et TAZ, deux acteurs majeurs de la voie de signalisation Hippo, entraîne une forte inhibition de la prolifération dans la majorité des lignées cellulaires de MP. Cet effet antiprolifératif s'accompagne notamment d'une altération de la voie de réparation de l'ADN par recombinaison homologue.