Evidentialité et interaction en italien
| Auteur / Autrice : | Elena Battaglia |
| Direction : | Paola Pietrandrea, Johanna Miecznikowski |
| Type : | Thèse de doctorat |
| Discipline(s) : | Sciences du langage |
| Date : | Soutenance le 06/10/2025 |
| Etablissement(s) : | Université de Lille (2022-....) en cotutelle avec Università della Svizzera italiana (Lugano, Tessin, Suisse) |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale Sciences de l'homme et de la société |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Savoirs, textes, langage (Villeneuve d'Ascq, Nord ; 2006-....) |
| Financeur : Fonds national suisse de la recherche scientifique - Università della Svizzera italiana (Lugano, Tessin, Suisse) | |
| Jury : | Président / Présidente : Luca M. Visconti |
| Rapporteurs / Rapporteuses : Mario Squartini, Lisa Brunetti |
Mots clés
Mots clés contrôlés
Mots clés libres
Résumé
Cette thèse de doctorat examine l'évidentialité dans l'italien parlé d'une perspective fonctionnelle et interactionnelle. Elle se concentre sur la manière dont les caractéristiques de l'interaction verbale, en particulier la séquentialité, la temporalité et l'intersubjectivité, façonnent et se reflètent dans la production de l'évidentialité. L'étude empirique repose sur 22 heures de conversations enregistrées en vidéo et audio, comprenant 6 heures de conversations à table issues du corpus TIGR (projet FNS n° 192_771) et 16 heures de conversations spontanées du corpus KIParla. Elle combine l'analyse d'une collection de séquences selon la méthode inductive, qualitative et micro-analytique de l'Analyse de la Conversation avec une annotation onomasiologique et une analyse quantitative d'un échantillon de données. La référence aux sources d'information d'un contenu propositionnel p (par exemple, l'expérience directe, le ouï-dire, l'inférence) est au cœur de la catégorie linguistique de l'évidentialité, grammaticalisée dans certaines langues mais pas en italien. Dépassant la distinction entre évidentialité grammaticale et lexicale, sur la base des données interactionnelles, nous déplaçons le domaine d'observation vers le discours : à un premier niveau, nous soutenons que, parallèlement aux relations morphologiques et syntaxiques, les relations textuelles (comme l'argumentation) et la co-articulation prosodique et gestuelle donnent lieu à des constructions évidentielles ; à un second niveau, nous analysons les séquences où les participants négocient leur positionnement épistémique sur p à travers différentes actions et constructions évidentielles. En nous appuyant sur le paradigme de la linguistique interactionnelle, nous montrons ensuite que ces constructions possèdent une temporalité intrinsèque, émergeant moment après moment lors de la production des tours de parole et des séquences. Nous désignons ce phénomène comme la « co-construction incrémentale de l'évidentialité ». Les analyses se consacrent aux pratiques spécifiques par lesquelles la référence aux sources d'information est réalisée en interaction, en distinguant les constructions réalisées dans la première action sur p (immédiates) de celles qui émergent en plusieurs phases - dans des tours multi-unités, des rétractions et extensions de tours, des actions ultérieures sur p, après les réactions des co-participants, ou dans les tours des co- participants (incrémentales et collaboratives). L'annotation d'environ mille constructions évidentielles confirme la prédominance des pratiques incrémentales et collaboratives. Aux niveaux sémantique et pragmatique, ces pratiques modulent le degré de spécificité, d'accessibilité et d'explicitation de la référence aux sources d'information, renforcent ou atténuent stratégiquement le positionnement épistémique du locuteur, rétablissent l'alignement sur les attentes séquentielles et recherchent l'affiliation des participants. Globalement, cette recherche élabore un modèle de la grammaire, de la sémantique et de la pragmatique de l'évidentialité, ancré dans les unités séquentielles de l'interaction parlée et dans la coopération entre les participants. D'un point de vue théorique, elle établit un pont entre la recherche sur l'évidentialité et la linguistique interactionnelle, démontrant le fondement de la catégorie linguistique dans l'interaction sociale. Pour l'italien, elle fournit l'inventaire empirique le plus complet des constructions évidentielles dans un corpus de langue parlée. D'un point de vue méthodologique, elle démontre la complémentarité des approches qualitatives et quantitatives dans l'analyse de l'interaction verbale et propose une annotation originale des phénomènes d'incrémentalité.