Différences liées au sexe dans le développement de la cachexie associée au cancer chez les souris Apc^Min/+ - Réponses transcriptionnelles et fonctionnelles du muscle squelettique à une inflammation centrale induite expérimentalement
| Auteur / Autrice : | Bénédicte Guegan |
| Direction : | Damien Freyssenet, Julien Gondin |
| Type : | Thèse de doctorat |
| Discipline(s) : | Biologie, médecine et santé |
| Date : | Soutenance le 16/07/2025 |
| Etablissement(s) : | Saint-Etienne, Université Jean Monnet (2025-....) |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale Sciences Ingénierie Santé (Saint-Etienne) |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Laboratoire interuniversitaire de biologie de la motricité (Saint-Etienne ; Lyon ; Chambéry ; 2016-....) |
| Jury : | Examinateurs / Examinatrices : Thomas Chaillou, Lydie Combaret, Laetitia Mazelin, Étienne Lefai |
| Rapporteurs / Rapporteuses : Thomas Chaillou, Lydie Combaret |
Résumé
La cachexie associée au cancer est un syndrome métabolique multifactoriel caractérisé par une perte progressive et involontaire de masse musculaire squelettique, avec ou sans perte de masse grasse, qui ne peut être inversée par une nutrition conventionnelle et conduit à un déclin fonctionnel. Elle implique une inflammation systémique, une dépense énergétique accrue et une perturbation de l'homéostasie protéique, contribuant à une diminution de l'efficacité des traitements et de la survie. Bien que sa charge clinique soit largement reconnue, le rôle du sexe biologique demeure peu exploré. La majorité des études ont été réalisées chez des cohortes mâles ou n'ont pas intégré d'analyses différenciées selon le sexe, passant ainsi potentiellement à côté de différences clés. Le premier objectif de ma thèse a été de réaliser une revue de littérature approfondie afin d'offrir un état des lieux actualisé du champ de recherche. Notre analyse a révélé que la prévalence de la cachexie cancéreuse est systématiquement plus faible chez les patientes que chez les patients atteints de cancer. Toutefois, nous avons également mis en évidence une lacune importante dans la littérature : l'absence de données moléculaires permettant d'expliquer ces différences entre les sexes. Le deuxième objectif de ma thèse a consisté à mener une analyse temporelle de la progression de la cachexie cancéreuse chez des souris Apc mâles et femelles, un modèle caractérisé par le développement de polypes intestinaux. Nous avons émis l'hypothèse que la cachexie évolue de manière sexuellement différenciée, avec une apparition plus précoce et des symptômes plus sévères chez les mâles, et que les œstrogènes pourraient contribuer à la relative protection observée chez les femelles. Nous avons observé des différences nettes entre les sexes dans la progression de la cachexie chez les souris Apc, les femelles âgées de 20 semaines étant largement protégées contre la perte de masse et de force musculaire, malgré une charge tumorale comparable. Ces différences n'étaient pas associées à une modulation des voies classiques d'atrophie musculaire, mais pourraient plutôt refléter des différences entre les sexes dans la régulation de la synthèse protéique et de l'axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien. Bien que les deux sexes présentaient un hypogonadisme, l'ovariectomie n'a pas aggravé le phénotype cachectique chez les femelles Apc, suggérant l'implication de mécanismes protecteurs indépendants de l'action directe des hormones sexuelles femelles circulantes. Le troisième objectif de ma thèse a été d'examiner le rôle de la neuroinflammation dans la régulation de la masse et de la fonction musculaire squelettique. Nous avons émis l'hypothèse que la neuroinflammation, caractéristique de la cachexie cancéreuse, contribue au catabolisme musculaire en renforçant l'expression de gènes régulés par les glucocorticoïdes et en altérant les performances contractiles du muscle. L'administration intracérébroventriculaire d'IL-1β humaine dans le troisième ventricule de souris mâles sauvages a induit une élévation des niveaux sériques de corticostérone ainsi qu'une activation de l'expression de gènes cibles des glucocorticoïdes dans le muscle squelettique, sans effet sur la fonction musculaire. En revanche, chez les souris femelles, les variations de corticostérone sérique et de l'expression génique associée aux glucocorticoïdes étaient minimes, mais une réduction significative de la force musculaire a été observée. Ces résultats suggèrent que la neuroinflammation altère la fonction musculaire par des mécanismes distincts selon le sexe, les femelles présentant une diminution fonctionnelle indépendante de la signalisation glucocorticoïde. Dans l'ensemble, ces travaux soulignent la nécessité d'intégrer le sexe comme une variable biologique essentielle dans l'étude de la cachexie cancéreuse, ainsi que dans d'autres domaines de la recherche biomédicale.