Essais sur la macroéconomie
| Auteur / Autrice : | Gerard Maideu Morera |
| Direction : | Christian Hellwig |
| Type : | Thèse de doctorat |
| Discipline(s) : | Sciences économiques |
| Date : | Soutenance le 19/06/2025 |
| Etablissement(s) : | Université Toulouse Capitole |
| Ecole(s) doctorale(s) : | Toulouse School of Economics |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : TSE-R (Toulouse) |
| DOI : | 10.70675/d8afd321za318z44cfza33fz074fee22ec9a |
Mots clés
Résumé
Cette thèse se compose de trois chapitres. Le chapitre 1 montre combien les avantages non salariaux d’un emploi comptent pour mesurer la croissance économique et les effets distributifs du progrès technique. Les chapitres 2 et 3 mobilisent des méthodes de contrats dynamiques pour analyser l’écart salarial entre les sexes ainsi que l’entrepreneuriat et les contraintes de financement.Smith (1776) avait déjà introduit l’idée des différentiels compensatoires, c’est-à-dire que les salaires varient en fonction des avantages non salariaux. Depuis, la théorie et les preuves empiriques se sont consolidées. Les avantages constituent des biens : ils entrent dans la fonction d’utilité des travailleurs et dans le processus de production. Pourtant, la comptabilité de la croissance, de la distribution ou du bien-être les néglige. Le chapitre 1 comble cette lacune.Je commence par estimer les prix implicites d’un ensemble d’avantages, à partir de données d’enquêtes par profession. J’établis ensuite qu’entre 1980 et 2015, la demande de travail aux États-Unis s’est déplacée vers des emplois à plus forte valeur d’avantage. Tenir compte de cette réallocation modifie fortement notre lecture des grandes évolutions macroéconomiques récentes. Premièrement, la théorie montre que la valeur des avantages doit être incluse dans la production pour mesurer la croissance de la productivité ; sinon, les mesures usuelles, qui ne retiennent que leur coût, la sous-estiment. Plus formellement, le théorème de Hulten (1978) ne tient que si la production intègre la valeur des avantages. Empiriquement, la rémunération totale (salaire + avantages) a crû de 40 % de plus que les salaires entre 1980 et 2015, ce qui implique une productivité 25 % plus élevée, mais un ralentissement plus marqué après 2004. Deuxièmement, prendre en compte les avantages éclaire aussi les effets distributifs du changement technique : contrairement aux salaires, la rémunération totale ne présente aucune polarisation.Le chapitre 2, rédigé avec Maria Frech, part du constat empirique que la demande féminine d’horaires flexibles alimente les inégalités persistantes. Nous élaborons une théorie où cette demande cachée façonne la dynamique de l’emploi. Un modèle de contrat dynamique lie l’employeur et un salarié dont la disponibilité temporelle est stochastique et invérifiable. Hommes et femmes ne diffèrent que par la probabilité d’être faiblement disponibles, calculée à partir de l’ATUS. Nous comparons des contrats spécifiques à chaque genre aux contrats « masculins » appliqués uniformément. Dans ce second cas, les frictions contractuelles engendrent : (i) une divergence durable des revenus sur le cycle de vie ; (ii) une durée d’emploi plus courte et une participation plus faible des femmes.Le chapitre 3 s’inscrit dans la littérature qui utilise les contrats dynamiques pour étudier comment les frictions d’agence créent des contraintes de financement et régissent le cycle de vie des entreprises. Ces travaux supposent généralement un entrepreneur neutre au risque et des chocs de productivité i.i.d. En m’appuyant sur des avancées récentes en fiscalité dynamique, j’étends le modèle canonique de détournement de flux de trésorerie de Clementi et Hopenhayn (2006) à un entrepreneur averse au risque disposant d’une information privée persistante sur la productivité de l’entreprise. Cette aversion modifie radicalement le contrat optimal : la taille de l’entreprise est toujours réduite, les distorsions reflètent la persistance de la productivité, et la rémunération de l’entrepreneur est lissée et découplée de la taille de l’entreprise. Enfin, une quasi-implémentation par des contrats plus simples montre que cette classe de modèles ne parvient pas à reproduire simultanément la dynamique observée de la taille des entreprises et de la part de capital propre.