Le travail de santé dans les parcours biographiques des moniteurs d'équitation : réactiver les leviers d'engagement de type vocationnel et limiter les pénibilités du travail
| Auteur / Autrice : | Tanguy Derumaux |
| Direction : | Philippe Terral, Emilie Salaméro |
| Type : | Thèse de doctorat |
| Discipline(s) : | Sociologie |
| Date : | Soutenance le 20/11/2025 |
| Etablissement(s) : | Université de Toulouse (2023-....) |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale Temps, Espaces, Sociétés, Cultures (Toulouse) |
| Partenaire(s) de recherche : | Établissement délivrant conjointement le doctorat : Université Toulouse - Jean Jaurès (1970-....) |
| Laboratoire : Centre de Recherche Sciences Sociales Sport et Corps (Toulouse ; 2016-....) | |
| Jury : | Président / Présidente : Yan Dalla Pria |
| Examinateurs / Examinatrices : Valentine Hélardot | |
| Rapporteurs / Rapporteuses : Thierry Pillon, Lilian Pichot | |
| DOI : | 10.70675/804908d9zf70ez4181z957dz3d8b0d331f3e |
Mots clés
Mots clés contrôlés
Résumé
Cette thèse s’inscrit dans le cadre du programme scientifique Soutenabilités Physiques et Psychiques du Travail. Vulnérabilisation, transitions et modes d’accompagnement (SPPT), financé par l’Agence Nationale de la Recherche (ANR). Elle traite des questions relatives à la santé au travail chez les moniteurs d’équitation. Ces derniers sont titulaires du BPJEPS Activités Équestres, et forment un groupe professionnel spécifique (Demazière et Gadéa, 2009). Ils travaillent majoritairement dans de très petites entreprises (TPE), sous des configurations d’emploi variées (salarié, chef d’exploitation, moniteur-indépendant). Ils exercent dans un contexte marqué par un fort taux de turnover, étroitement lié aux enjeux de santé au travail (accident du travail, usure corporelle, désenchantement, etc.). Cette thèse interroge les conditions de soutenabilité du travail. Comment les moniteurs parviennent-ils à se maintenir dans le métier, malgré des conditions de travail exigeantes et les atteintes à la santé que le travail génère ? La gestion de leur santé repose rarement sur la prévention institutionnelle formalisée. Elle passe surtout par des initiatives individuelles, qui contribuent à l’individualisation et à la dé-standardisation des parcours professionnels (Brückner et Mayer, 2005). La question est alors de savoir si ces logiques individuelles sont communes à plusieurs individus ou différenciées. Pour répondre à ce questionnement, nous analysons les expériences de santé-travail des moniteurs, dans leurs dimensions biographique et temporelle (Hélardot, Gaudart et Volkoff, 2019). Nous appréhendons les sphères de la santé et du travail dans leur interdépendance, en conceptualisant deux dynamiques de parcours permettant de (re)construire la santé ou de limiter sa fragilisation (Lhuilier, 2020). La première est liée aux leviers d’engagement de type vocationnel mobilisés (Laillier, 2011) et la seconde est relative à la réduction des pénibilités du travail vécues (Bahu, Mermilliod et Volkoff, 2012). À partir du recueil de récits biographiques (Demazière, 2003), auxquels viennent s’agréger des données d’observations et quantitatives, nous montrons que les expériences santé-travail des moniteurs d’équitation se façonnent à l’intersection entre la réalisation des tâches et l’expérience temporelle qui y est associée. Toutes les atteintes à la santé objectivement vécues par les moniteurs ne sont pas systématiquement perçues comme des événements de santé, en fonction du sens que les individus leur accordent et des conséquences qu’elles engendrent – ou n’engendrent pas – sur l’emploi et le travail. Cette dissemblance de vécu varie en fonction des histoires biographiques individuelles. Pour faire face à tous les effets du travail sur la santé, qu’ils soient perçus comme routiniers ou qu’ils impactent leur histoire de vie, les moniteurs d’équitation réalisent un travail de santé à l’échelle de l’emploi et du travail. En définitive, cette recherche montre que le métier n’est soutenable que si les travailleurs conservent une autonomie permettant de réactiver des dimensions valorisées de leur métier, et que leur quotidien ne se réduit pas à la seule gestion des pénibilités. Plus largement, elle apporte un éclairage sur les enjeux contemporains de soutenabilité du travail dans les métiers « passion », reposant encore trop souvent sur des solutions individuelles, et trop peu sur des dispositifs institutionnels de prévention santé.