Thèse soutenue

Réformer par la plume : autorité et négociation épiscopale dans deux programmes réformistes, Nouvelle-Espagne XVIIe-XVIIIe siècles

FR  |  
EN
Auteur / Autrice : Alejandro Valencia Vila
Direction : Sonia V. RoseIván Escamilla González
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Histoire
Date : Soutenance le 27/05/2025
Etablissement(s) : Université de Toulouse (2023-....)
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale Temps, Espaces, Sociétés, Cultures (Toulouse)
Partenaire(s) de recherche : Établissement délivrant conjointement le doctorat : Université Toulouse - Jean Jaurès (1970-....)
Laboratoire : France, Amériques, Espagne, Sociétés, Pouvoirs, Acteurs (Toulouse ; 1995-....)
Jury : Président / Présidente : Michèle Guillemont
Examinateurs / Examinatrices : Thomas Calvo, Jean-Noël Sánchez, Hélène Roy, Guillaume Gaudin
Rapporteurs / Rapporteuses : Alicia Mayer
DOI : 10.70675/cffb6891z6607z4fc8z838bz07bbe44714aa

Résumé

FR  |  
EN

Les prélats diocésains de la Nouvelle-Espagne ont su négocier et imposer des réformes épiscopales originales inspirées des décrets de Trente. Pour ce faire, ils se sont servis de leur plume pour asseoir leur autorité dans l’Église et pour négocier avec les autres instances de l’administration hispanique. À partir d’une perspective comparative de deux cas précis, ce travail se propose d’étudier le fonctionnement concret des pratiques écrites pour l’application de leurs réformes. Le choix de Juan de Palafox et son mandat à Puebla (1640-1652) et de Fray Ángel Maldonado et son mandat à Antequera de Oaxaca (1703-1728) ne se justifie ni en raison d’une exceptionnalité ni d’une possible représentativité de leur manière d’agir. En revanche, deux aspects intéressent cette démarche. D’une part, le fait que les deux prélats obtiennent leur première nomination épiscopale lors de moments de crises politiques localisées dans la péninsule Ibérique, ce qui leur permet d’en profiter pour repousser avec succès les lignes de leur champ d’action ou dans les termes de l’époque, leur juridiction. D’autre part, ils sont tous deux auteurs d’une œuvre considérable. Pour négocier et se faire obéir, on observe comment ils mobilisent dans leurs œuvres des convictions, des sentiments et des notions précises sur la Monarchie et sur l’Église qui vont au-delà de la réflexion théorique. Dans ce sens, la pratique du pouvoir devient intimement liée à l’exercice de leur dignité épiscopale. Les deux évêques ont des trajectoires et des destins tout à fait différents, tout comme des styles personnels pour s’affranchir de certaines contraintes afin de se frayer un chemin dans leur parcours de vie. Or, c’est cet aspect, l’écriture comme manière de réformer et de négocier, qui constitue leur point commun, montrant ainsi la plasticité des parcours pour atteindre un même but.L’étude des pratiques de l’écriture à l’époque de la domination hispanique en Amérique intéresse non seulement le fonctionnement de l’administration royale mais elle entend aussi comprendre l’ampleur du réformisme de Trente. Quelles sont les stratégies utilisées dans les écrits administratifs pour exercer le pouvoir dans un diocèse ? Qui sont les acteurs qui résistent à la mise en place des décrets du Concile de Trente et quelles sont les stratégies déployées pour entraver les transformations ? De quelle manière l’imprimé exprime l’autorité savante dans un royaume américain, plus particulièrement en Nouvelle-Espagne ? Comment les prélats conçoivent-ils la relation entre l’Église et la Couronne ?Cette monographie analyse la forme concrète que prennent les pratiques écrites à l’intérieur de l’appareil administratif hispanique. Les évêques, partie prenante de cette structure, négocient constamment les frontières de leur action politique par rapport aux autres (tels que les ordres religieux, les tribunaux et le vice-roi) pour impulser la consolidation de leur pouvoir au niveau de leur diocèse. En outre, il s’agit de comprendre de quelle manière la publication des œuvres par les évêques fonde une autorité personnelle qui vise à leur accorder une place de premier plan dans la communauté savante du royaume. En reliant ces deux aspects, à savoir la compétence administrative et l’autorité savante, il a été possible pour les évêques d’entreprendre une tâche complexe et délicate comme celle d’implémenter une réforme à l’échelle régionale. La perspective micro-historique entend éclairer le savoir-faire des évêques qui conçoivent un type spécifique d’écrit en vue d’obtenir les réactions escomptées par le lectorat visé. Cette démarche permet de mieux saisir le champ d’action des prélats lorsqu’ils entreprennent des transformations dans leurs diocèses, les arguments véhiculés pour légitimer leurs actions et, à terme, comprendre l’imbrication de la religion et de la politique.