La construction d'une géographie de la péninsule Ibérique de Polybe à Ptolémée
| Auteur / Autrice : | Arthur Haushalter |
| Direction : | Didier Marcotte |
| Type : | Thèse de doctorat |
| Discipline(s) : | Études grecques |
| Date : | Soutenance le 01/12/2025 |
| Etablissement(s) : | Sorbonne université |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale Mondes anciens et médiévaux (Paris ; 2000-....) |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Orient et Méditerranée (Ivry-sur-Seine, Val de Marne ; 2006-....) |
| Jury : | Président / Présidente : Valérie Naas |
| Examinateurs / Examinatrices : Gwladys Bernard, Encarnación Castro Páez | |
| Rapporteurs / Rapporteuses : Pierre Moret, François Cadiou | |
| DOI : | 10.70675/14a5d5c1zbe24z4f4aza381z3eedb8e014b1 |
Mots clés
Résumé
Cette thèse porte sur la représentation de la péninsule Ibérique dans la Géographie de Ptolémée, une œuvre singulière et paradoxale dans l'histoire de la géographie antique. D'un côté, elle passe pour le sommet de la tradition, l'accomplissement le plus raffiné de la science grecque grâce à l'ambition mathématique et astronomique de son auteur, et l'un des textes les plus influents de la cartographie occidentale, surtout depuis la Renaissance. De l'autre, elle a été largement délaissée par les historiens, perçue comme illisible, incomprise, inutilisable. L'historiographie l'a souvent traitée comme un objet à part : les scientifiques se sont concentrés sur les projections et la technique mathématique, tandis que les historiens ont oscillé entre déceptions, malentendus et lectures ésotériques, comme si Ptolémée dissimulait un mystère secret à déchiffrer. Cette réception contraste fortement avec les études consacrées aux géographes antérieurs - d'Ératosthène à Pline - dont la compréhension de l'Extrême-Occident a été largement renouvelée, notamment grâce aux colloques de la Casa de Velázquez en 2005 et 2006, qui ont mis en évidence le processus de construction progressive de l'Ibérie comme entité géographique. Ce travail propose de réinscrire Ptolémée dans la longue durée. La Géographie doit être comprise comme l'aboutissement d'une stratification documentaire et conceptuelle : héritages hellénistiques, traditions descriptives, données administratives et itinéraires romains. La péninsule, longtemps perçue comme un confins indéterminé de l'œkoumène, acquiert peu à peu les contours cohérents d'une péninsule, stabilisés à l'époque impériale. Chez Ptolémée, ce processus semble culminer : près de cinq cents toponymes, assortis de coordonnées, ordonnent un espace désormais intégré à l'Empire. Mais l'apparente solidité de ce tableau masque la diversité des sources et l'inégale fiabilité de l'information. L'examen détaillé met au jour une tension entre l'ambition d'un système mathématiquement cohérent et la réalité de données fragmentaires, parfois obsolètes ou même reconstruites. L'enquête s'attache en définitive à comprendre les mécanismes par lesquels Ptolémée transforme ce matériau hétérogène en une représentation homogène. Les simplifications géométriques, la standardisation des orientations et l'usage raisonné des traditions documentaires montrent que son projet n'est pas d'offrir un reflet fidèle de la diversité empirique, mais de construire un outil efficace et conscient de ses limites, pour représenter de la meilleure manière possible l'orbis terrarum. L'étude de l'Hispanie illustre ainsi la manière dont, au-delà du seul cas de Ptolémée, la géographie antique articule savoir hérité, innovations méthodologiques et emprise de l'Empire romain. Cette recherche plaide pour une « sécularisation » de Ptolémée, qui incite à le considérer non comme une énigme ou un objet à part, mais comme une œuvre savante qui s'inscrit simplement dans l'histoire ordinaire de l'Antiquité. Et par des méthodes philologiques et historiques somme toute traditionnelles, elle essaie de montrer que la Géographie, loin d'être une compilation figée, éclaire des logiques propres à la science antique ; que Ptolémée combine l'ambition d'un savoir raffiné, appuyé sur les mathématiques et l'astronomie, avec une pratique assumée de l'approximation, où la schématisation et la simplification garantit la cohérence intellectuelle et la lisibilité cartographique ; et, enfin, que son œuvre est conçue comme un projet éditorial en mouvement, sans cesse à ajuster et recomposer, plus proche d'un construction en perpétuelle amélioration que d'un monument figé, et c'est dans cette tension féconde que réside sa véritable originalité.