Le style tardif chez Bassani, Fortini et Pasolini
| Auteur / Autrice : | Yole Deborah Bianco |
| Direction : | Davide Luglio, Marco Gatto |
| Type : | Thèse de doctorat |
| Discipline(s) : | Études romanes italiennes |
| Date : | Soutenance le 07/10/2025 |
| Etablissement(s) : | Sorbonne université en cotutelle avec Univertà della Calabria (Rende, Italia) |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale Civilisations, cultures, littératures et sociétés (Paris ; 1992-....) |
| Partenaire(s) de recherche : | Equipe de recherche : Équipe Littérature et culture italiennes (Paris ; 1990-....) |
| Jury : | Président / Présidente : Stefania Achella |
| Rapporteurs / Rapporteuses : Stefania Achella, Elisabetta Abignente | |
| DOI : | 10.70675/99c6ab88z6670z43c3z9dfez97d0152535f2 |
Mots clés
Résumé
Cette étude repose sur un double mouvement : d’un côté, une analyse approfondie du texte adornien par le biais d’un commentaire détaillé (première partie : chapitres I-II), de l’autre, une approche plus large appliquant la catégorie du « style tardif » à trois écrivains italiens du XXe siècle (deuxième partie : chapitres III-V). La première partie examine le texte d’Adorno sur le « style tardif », en se concentrant d’abord sur son analyse du style tardif de Beethoven, comparée aux réflexions de Théorie esthétique. Ensuite, elle élargit la réflexion en intégrant les perspectives d’Edward Said et d’autres œuvres abordant la « fin » ou le « sentiment de la fin » (Endzeitstimmung). L’objectif est de détacher le « style tardif » de la seule vieillesse artistique pour le relier à une époque marquée par une crise et une rupture avec la tradition. La deuxième partie applique cette grille d’analyse à trois auteurs italiens du XXe siècle : Bassani, Fortini et Pasolini, en observant comment chacun réagit au « sentiment de la fin ». Bassani incarne un nihilisme vide, Fortini développe une dialectique entre ruine et reconstruction, tandis que Pasolini exprime une explosion de la forme et un cri de détresse face à la modernité. L’étude met en évidence plusieurs caractéristiques du « style tardif » : la dissolution formelle à travers le fragment, la dissonance, l’inachèvement, la tension avec les conventions, la citation, l’ironie ou encore le rapport à la mort. Un point central est la relation entre la subjectivité tardive et l’histoire, où l’artiste perçoit et reflète la crise de son époque. L’un des débats clés porte sur la distinction entre Spätstil (style tardif) et Altersstil (style de vieillesse). Si le style de vieillesse suit une évolution naturelle de l’artiste, le style tardif implique une rupture avec le passé et un refus d’accommodement avec le présent. Il peut survenir sans lien avec l’âge de l’artiste et manifeste souvent une tension critique avec le monde. L’exemple d’Adorno illustre bien cette relation entre crise et style tardif : en 1934, face à la montée du nazisme, il entame son essai sur Beethoven. L’angoisse de la catastrophe imminente se traduit par une nouvelle forme artistique marquée par la dissonance et la fragmentation. De même, Said relie le style tardif à l’exil et à l’inconciliabilité avec son époque. En appliquant ces concepts à la littérature italienne, on observe trois variantes du style tardif. Bassani, dans sa poésie des années 1970, exprime un rejet de l’avenir, une obsession du présent et une dissolution de la forme dans une tonalité ironique et désabusée. Fortini, dans sa dernière œuvre Composita solvantur, construit une poétique de la ruine et de la reconstruction, articulée autour de l’image de la pierre et du serpent, symbolisant à la fois la destruction et la renaissance. Enfin, Pasolini se distingue par une expression exacerbée du désespoir et du chaos, reflétant une impossible réconciliation avec la société contemporaine. Ce travail met ainsi en lumière la richesse du concept de style tardif et sa pertinence pour analyser des œuvres marquées par la crise et la tension historique.