Thèse soutenue

L'Etat in vivo. Le Conseil du Roi au XVIe siècle

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Auteur / Autrice : Lucas Lehéricy
Direction : Denis CrouzetNicolas Le Roux
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Histoire moderne
Date : Soutenance le 05/05/2025
Etablissement(s) : Sorbonne université
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale Histoire moderne et contemporaine (Paris ; 1994-....)
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Centre Roland Mousnier (Paris ; 1999-....)
Jury : Président / Présidente : Olivier Poncet
Examinateurs / Examinatrices : Yves-Marie Bercé
Rapporteurs / Rapporteuses : Héloïse Hermant, Laurent Bourquin

Résumé

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Au XVIe siècle, le Conseil du Roi est au fondement de la légitimité du pouvoir monarchique. Apparu dès le haut Moyen Âge, le thème du gouvernement par conseil consacre en effet la nécessité de consulter les élites du royaume afin de légitimer les décisions royales. En raison d'une autorité fragilisée, le roi est théoriquement contraint de rechercher le consentement de ses vassaux - évêques et barons - afin de s'assurer de l'application de ses volontés. À partir du XIIe siècle, la renaissance des droits savants et l'affirmation de l'entourage domestique du prince aux dépens des barons entraînent néanmoins une mutation de ce principe politique. Tandis que la puissance édictale du souverain est réaffirmée, les politistes font désormais de la consultation du conseil un impératif moral qui doit garantir l'excellence de la loi positive. En ce sens, ils insistent sur les qualités attendues d'un bon conseil et élaborent l'idéal du gouvernement par bon conseil que continuent de célébrer Jean Gerson au début du XVe siècle ou Claude de Seyssel un siècle plus tard. Dans ce contexte, les souverains du XVIe siècle continuent encore de solliciter le consentement de leur Conseil qui, par le jeu de la délibération collective, participe de leur légitimité. Toutefois, l'augmentation des besoins financiers de la monarchie et l'affaiblissement de l'autorité royale au moment des guerres de Religion les encouragent à préciser l'organisation des institutions gouvernementales. Conçu comme un outil destiné à apaiser les passions et à rétablir l'harmonie dans le royaume, le Conseil joue alors un rôle arbitral de plus en plus affirmé dont témoignent la juridicisation de ses procédures et l'évolution de sa composition. Étudiant le gouvernement royal tout au long du XVIe siècle (1515-1610), cette thèse entend rendre compte de ces évolutions en prêtant attention simultanément aux productions normatives des monarques, aux discours des politistes et des pamphlétaires et aux actes de la pratique émanés du Conseil. Fondée sur le dépouillement exhaustif des sources de l'institution, elle cherche d'abord à présenter les débats sur la place de l'institution dans la « constitution monarchique » en les reliant aux tâtonnements de la réglementation royale à la même période. Elle présente ensuite le fonctionnement quotidien du Conseil en étudiant l'apparition progressive de ses archives, la manière dont il exerce la justice retenue du prince et sa mainmise nouvelle sur le pilotage des dépenses publiques. Loin de faire apparaître l'affirmation triomphale de l'absolutisme royal, cette étude laisse au contraire entrevoir l'importance de la négociation dans la pratique politique du temps : au Conseil, tout se négocie. Si le contexte des guerres de Religion favorise ces négociations permanentes, celles-ci s'expliquent également par la tradition synodale de la monarchie qui incite les rois à rechercher le consentement de leurs sujets ou des élites. Le Conseil apparaît alors comme un creuset où tout le royaume se presse pour participer à l'élaboration de la politique royale. Malgré les affirmations des thuriféraires de la monarchie, la loi du roi n'est donc pas l'expression arbitraire de ses volontés : elle apparaît plutôt comme le fruit d'une négociation constante.