La dissonnance contestataire de la gauche radicale. : Sociologie des mécanismes de legitimation de Syriza dans les espaces de contestation (2004-2023)
| Auteur / Autrice : | Modestos Siotos |
| Direction : | Julien Fretel, Razmig Keucheyan |
| Type : | Thèse de doctorat |
| Discipline(s) : | Science politique |
| Date : | Soutenance le 11/06/2025 |
| Etablissement(s) : | Paris 1 |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale de science politique (Paris ; 1992-....) |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Centre européen de sociologie et de science politique (Paris ; 2010-....) |
| Jury : | Président / Présidente : Choukri Hmed |
| Examinateurs / Examinatrices : Julien Fretel, Razmig Keucheyan, Fabienne Greffet, Gerasimos Moschonas | |
| Rapporteurs / Rapporteuses : Camille Goirand, Rémi Lefebvre | |
| DOI : | 10.70675/8cf7ceeezf819z4e87z87eez347508cdaf72 |
Mots clés
Mots clés contrôlés
Résumé
En janvier 2015, en pleine crise de la dette souveraine, Syriza a accédé au gouvernement en Grèce, promettant de rompre avec les politiques d’austérité liées aux plans de sauvetage conclus avec les institutions européennes. Cependant, une fois au pouvoir, le gouvernement de la gauche radicale, dirigé par Alexis Tsipras, a cédé aux pressions de Bruxelles, signé un nouvel accord de prêt et appliqué des politiques économiques néolibérales, en contradiction avec son programme initial. Cette normalisation n’a cependant pas entraîné de rupture nette avec les mouvements contestataires. Ces relations, loin d’une hostilité univoque, ont pris des formes ambivalentes, mêlant critique, soutien désabusé et proximité perçue avec les espaces de protestation - une proximité restée, bien que fragilisée, plus forte qu’avec les partis de gouvernement traditionnels. À travers quels mécanismes un parti de la gauche radicale établit-il sa légitimation au sein de l’univers de protestation ? Et comment la préserve-t-il lorsqu’il adopte des logiques de gouvernement que les acteurs de cet univers rejettent ? En mobilisant une approche combinant sociologie des réseaux, analyse organisationnelle et sociologie des rôles, cette thèse examine comment Syriza a conservé son accréditation contestataire dans le contexte de sa métamorphose gouvernementale. Elle montre que Syriza a su entretenir cette reconnaissance auprès des acteurs contestataires grâce à un réseau de militants multi-engagés, dont l’habitus militant a été soutenu par un modèle organisationnel structuré autour d’instances dédiées à l’engagement dans les mouvements contre-culturels et les syndicats. Elle étudie également le rôle de trois catégories de dirigeants - son chef, Alexis Tsipras, ses députés et ses élus locaux - qui, en misant sur des stratégies de médiation politique et médiatique, d’ancrage local et de proximité symbolique, ont renforcé leur légitimation et celle de leur organisation partisane. L’étude, fondée sur des données quantitatives, des archives, un corpus de presse et soixante-dix-neuf entretiens, introduit le concept de « dissonance contestataire » pour saisir le décalage entre les contraintes institutionnelles inhérentes à la position d’un parti de gouvernement et les propriétés sociales et organisationnelles forgées dans les univers contestataires qui l’ont façonné.