Thèse soutenue

‘‘Nous sommes en guerre’’ : se préparer, gérer et répondre : l’État face aux attentats terroristes du 13 novembre 2015

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Auteur / Autrice : Antoine Gallard
Direction : Frédérique Matonti
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Sciences politiques
Date : Soutenance le 24/03/2025
Etablissement(s) : Paris 1
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale de science politique (Paris ; 1992-....)
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Centre européen de sociologie et de science politique (Paris ; 2010-....)
Jury : Président / Présidente : Brigitte Gaïti
Examinateurs / Examinatrices : Frédérique Matonti, Gérôme Truc
Rapporteurs / Rapporteuses : Vanessa Codaccioni, Laurent Bonelli

Résumé

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Au cours de mon enquête, l’ancienne directrice de cabinet de l’Intérieur m’indique que la gestion de ces attaques se fait avec « la promptitude hallucinante de l’appareil d’Etat », voire qu’elle peut être qualifiée de « magique ». En partant de l’étude des attentats du 13 novembre 2015, cette thèse vise à observer ce que cet évènement sécuritaire critique provoque au plus haut sommet de l’État ainsi qu’à analyser ce que la gestion du risque terroriste recouvre dans ses pratiques et objectifs. Pour comprendre les conditions d’émergence de cette « magie », cette thèse invite dans un premier temps à revenir sur l’évolution de la lutte contre le terrorisme et de ses enjeux. Suite aux attentats de 2001 aux États-Unis, mais aussi ceux de 2004 en Espagne et de 2005 à Londres, la menace terroriste est en France de plus en plus cadrée comme un risque à la fois imprévisible mais inévitable qui invite à renforcer les dispositifs de gestion de crise. Ainsi, la gestion du risque terroriste, depuis lors adossée à des organisations spécifiques comme le secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale, ainsi qu’à des pratiques de gestion de crise enseignées notamment au sein des cabinets ministériels (scénarios, exercices, formations) ou des instruments de politiques publiques dédiés (dispositif VIGIPIRATE, plans de gestion), fait émerger la préparation et la gestion de crise comme une pratique à part entière de l’exercice du pouvoir. Aussi, cette gestion du risque du risque terroriste, cette préparation à la crise à venir fait émerger une nouvelle conception de la sécurité. Désormais, la sécurité est un enjeu pour l’ensemble de la population et consiste à se préparer, être « résilient » et à participer à l’anticipation d’une attaque terroriste, de manière quotidienne, au sein d’une société cadrée comme vulnérable, à risque. Les attentats du 13 novembre 2015 contribuent à une mise à l’épreuve de cette préparation et invitent à observer la place du pouvoir politique vis-à-vis de sa fonction régalienne centrale : assurer la sécurité de la Nation. Cette deuxième partie de thèse consiste donc, à travers des entretiens, des ressources primaires (archives, revue de presse et médiatique, débats parlementaires) et secondaires (ouvrages politiques), à analyser le rôle et le fonctionnement du pouvoir politique face à une situation sécuritaire critique. On observe d’abord le pouvoir réduit du politique face à une attaque terroriste dont il devient avant tout le témoin dans la nuit du vendredi 13 novembre. Son rôle est, au sein des structures de gestion de crise, réduit pour l’essentiel à « donner le feu vert » du déploiement de plans opérationnels (plan Blanc) ou de procédures de sécurité (intervention dans le Bataclan, déploiement de SENTINELLE). Cette posture de témoin du politique permet de souligner la division du travail de gestion de crise issue de sa bureaucratisation et la dimension collective des décisions dans les attaques. Dans un second temps, une fois les attaques passées, face aux contraintes qui résultent des attentats comme les dégâts (nombre de morts, de blessés), les incertitudes (nouvelles attaques dans les prochains jours ? tenue de la COP21, des élections régionales ?) ou encore les critiques émanant de divers espaces sociaux (artistiques,académique, politiques), les leaders politiques regagnent accès à la fabrique de la décision qu’ils orientent alors selon des intérêts politiques (vouloir le consensus entre les partis, éviter la remise en cause du gouvernement, mobiliser en vue des élections régionales de décembre 2015). Plus précisément, le Président trouve dans les contraintes des attentats, les ressources nécessaires pour renforcer ses pratiques.