Prévenir la radicalisation : ethnographie d'une politique de l'inquiétude
| Auteur / Autrice : | Romain Bertrand |
| Direction : | Abderrahmane Moussaoui |
| Type : | Thèse de doctorat |
| Discipline(s) : | Sociologie anthropologie |
| Date : | Soutenance le 21/11/2025 |
| Etablissement(s) : | Lyon 2 |
| Ecole(s) doctorale(s) : | ScSo - Sciences Sociales |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : LADEC - Laboratoire d'anthropologie des enjeux contemporains - Laboratoire d'Anthropologie des Enjeux Contemporains / LADEC |
| Jury : | Examinateurs / Examinatrices : Tiphaine Duriez, Gérôme Truc, Alexandra Poli |
| Rapporteurs / Rapporteuses : Haouès Seniguer, Corinne Torrekens | |
| DOI : | 10.70675/5a6e36d8zcb3cz48e8zb485zd34d572cfbdb |
Mots clés
Mots clés contrôlés
Mots clés libres
Résumé
Entre 2014 et 2021, la prévention de la radicalisation s’est imposée comme un « lieu commun » [Bonelli et Ragazzi, 2019] de la vie publique française, suivant avec une dizaine d’années de décalage une tendance européenne [Coolsaet, 2019]. Ce « lieu commun » a permis une ouverture du domaine de l’anti-terrorisme à des pratiques préventives à travers l’application d’un « paradigme épidémiologique » [Heath-Kelly, 2017] et de pratiques de « détection précoce » impliquant la mise en place d’un vaste dispositif de signalement-traitement supposé reposer sur une « société de vigilance », pour reprendre les termes du Président de la République Emmanuel Macron. Pour faire agir en prévention, faire percevoir et signaler des « situations » en amont d’un départ à l’étranger ou d’un passage à l’acte violent, le Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (CIPDR), chef de fil de l’État français en la matière, s’appuie sur une « idéologie institutionnelle » [Young, 1995 ; Atlani-Duault, 2009] qu’il diffuse principalement par le biais de « dispositifs de sensibilisation » [Traïni, 2015] supposés responsabiliser les professionnel⋅les de terrain susceptibles de percevoir des « signaux » dans le cours des relations de proximité qu’iels entretiennent avec leur public, majoritairement « jeune ». C’est en ce sens, parce qu’elle repose sur la gestion des inquiétudes générées par l’association de « signaux » à un futur de risque, que nous qualifions la prévention de la radicalisation de « politique du sensible » [Laplantine, 2005], et c’est cette politique telle qu’elle s’élabore et fait agir, se déploie dans des expériences variées et génère de véritables dynamiques de sensibilisation, qui constitue l’objet central de cette thèse. À travers l’analyse de l’émergence et de la mise en place d’une politique publique pilotée par le CIPDR et de l’expérience qu’en font différent⋅es professionnel⋅les œuvrant essentiellement dans le secteur socio-éducatif, cette thèse vise à éclairer la manière dont la prévention de la radicalisation a participé à la diffusion d’une série d’inquiétude à propos de personnes qu’il s’est agit de signaler ou d’accompagner, à propos de la possibilité même de relations de proximité dès lors que surgissent les termes du radical, mais aussi à propos du travail éducatif et des professionnalités mises à l’épreuve des injonctions à prévenir et à signaler. Ces mises à l’épreuve révèlent en outre un véritable « partage du sensible » [Rancière, 1995, 2000] dont les frontières cristallisés dans des « évidences sensibles » sous la forme de signaux annonçant la possibilité d’un risque, semblent prises dans un interminable mouvement d’oscillation entre logique d’altérité et de proximité d’une part, entre éthique de la sollicitude et resignification du recours au signalement policier d’autre part.