Thèse soutenue

Travail de la donnée et données du travail : Gestion de l'incertitude et délégation des risques dans les chaînes de production de l'Intelligence Artificielle

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Auteur / Autrice : Maxime Cornet
Direction : Antonio A. Casilli
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Sociologie
Date : Soutenance le 19/11/2025
Etablissement(s) : Institut polytechnique de Paris
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale de l'Institut polytechnique de Paris
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Institut interdisciplinaire de l'innovation (Paris ; 2012-....) - Institut Interdisciplinaire de l'Innovation
Etablissement opérateur d'inscription : Télécom Paris (Palaiseau, Essonne ; 1878-....)
Jury : Président / Présidente : Catherine Comet
Examinateurs / Examinatrices : Catherine Comet, Mireille Razafindrakoto, Julien Figeac, Étienne Ollion, Cecilia Rikap
Rapporteurs / Rapporteuses : Mireille Razafindrakoto, Julien Figeac
DOI : 10.70675/d173cab3z786fz48c3z9085zb2d9ab852493

Résumé

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La numérisation croissante de nos sociétés et le développement rapide de l'intelligence artificielle (IA) entraîne une accélération de la circulation de données. La constitution des bases de données ''d'entraînement'' -- qui peuvent comporter plusieurs centaines de milliers d'observations -- est de plus très souvent externalisée auprès de prestataires de services par les entreprises technologiques, souvent dans des pays dits du Sud. De nombreux auteurs associent cette dynamique à un risque accru de commodification du travail liée à l'invisibilisation des travailleurs des données derrière les algorithmes et à l'émergence d'un ''marché mondial'' de travail de la donnée.À travers un terrain mené entre Paris et Antananarivo, et mobilisant des méthodes d'analyses multiples -- notamment de traitement automatique de la langue, d'analyse de réseaux sociaux -- et un matériel divers -- issu d'entretiens semi-directifs avec les travailleurs et divers acteurs du secteur; de bases de données collectées par aspiration de site web; et collecté via la passation d'un questionnaire -- je montre que le travail de la donnée est encastré dans au moins trois niveaux d'inter-relations : les liens qui structurent son espace d'échange, des liens hiérarchiques inter-firmes, et les aspirations, stratégies et représentations qui font circuler les travailleurs des données. Ces trois niveaux d'encastrement sont profondément liés aux stratégies déployées par les acteurs pour garder le contrôle de leur localité de l'espace de production, et qui se traduisent par la mise en place de dynamiques d'offuscation. Ces dernières génèrent de l'incertitude en cascade et rendent l'ensemble de la production des systèmes d'IA peu lisibles pour les chercheurs comme pour les acteurs eux-mêmes. Ce manque de visibilité permet notamment aux entreprises innovantes d'invisibiliser le travail de la donnée nécessaire à la production et à la maintenance des algorithmes. Cette invisibilisation permet d'une part de maintenir un discours enchanté sur une technologie décrite comme ''automatique'', et d'autre part de minimiser le coût du travail qui entre dans la composition des modèles, via l'invisibilisation des travailleurs. En ré-encastrant l'IA dans ses dépendances, cette thèse participe à questionner les évolutions du travail liées au numérique, et la manière dont le secteur se construit.