Thèse soutenue

Maladie de Huntington : huntingtine, connectivité neuronale et métabolisme oxydatif

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Auteur / Autrice : Laetitia Capellano
Direction : Frédéric Saudou
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Neurosciences neurobiologie
Date : Soutenance le 14/02/2025
Etablissement(s) : Université Grenoble Alpes
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale chimie et science du vivant (Grenoble ; 199.-....)
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Institut des neurosciences de Grenoble (Isère, France ; 2007-....)
Jury : Président / Présidente : Hervé Dubouchaud
Examinateurs / Examinatrices : Fanny Mann
Rapporteurs / Rapporteuses : Carine Bossenmeyer-Pourié, Gilles Bonvento

Résumé

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La maladie de Huntington (MH) est une maladie neurologique caractérisée par un dysfonctionnement et une perte des neurones au niveau du striatum et du cortex. Elle est due à une expansion anormale de triplets CAG au niveau du premier exon du gène codant pour la huntingtine (HTT), ce qui cause une expansion poly-glutamine dans la partie N-terminale de la protéine (Saudou and Humbert, 2016). Bien que les symptômes principaux de la MH se développent chez l’adulte, de plus en plus d’études mettent en lumière une contribution développementale à la MH. La HTT est notamment impliquée lors de la croissance axonale des neurones corticaux, qui est délétère dans le cas de la MH (Capizzi et al., 2022). Le but de notre première étude était d’étudier les altérations de connectivité neuronale dans le contexte de la MH lors du développement. En effet, celle-ci est également altérée à l’âge adulte mais de récentes découvertes ont montré des altérations de cette connectivité chez des enfants porteurs de la mutation (Lee et al., 2012).Nous avons utilisé des techniques de transparisation afin de visualiser les tracts neuronaux et de déterminer si les défauts de connectivité sont établis lors du développement dans le modèle knock-in CAG140 de la MH. Nos observations suggèrent qu’il pourrait y avoir des anomalies dans le développement de tracts, mais celles-ci ne sont pas suffisamment marquées pour pouvoir conclure avec certitude. Cependant, à trois mois, nous avons observé des différences structurelles chez les femelles HdhQ7/Q140 par rapport aux contrôles au niveau du volume total du cerveau. Ces différences ne sont pas retrouvées chez les mâles et il reste à en déterminer les causes dans le cadre d’une étude ultérieure.Une des causes des altérations de connectivité neuronale entre le cortex et le striatum est le transport défectueux d’un facteur trophique, le brain-derived neurotrophic factor (BDNF). Le BDNF est essentiel pour la survie du striatum, qui n’est pas capable d’en produire. Le BDNF est produit dans le corps cellulaire où il est ensuite transporté le long de l’axone pour rejoindre la synapse cortico-striatale. La HTT est impliquée dans la machinerie de transport axonal en tant que protéine d’échafaudage en interagissant avec les moteurs moléculaires (Saudou and Humbert, 2016). Les études du laboratoire ont montré que ce transport vésiculaire est également autonome en énergie grâce à la présence des enzymes de la glycolyse sur les vésicules (Hinckelmann et al., 2016; Zala et al., 2013). D’autres enzymes sont également à la surface des vésicules comme celles de la voie des pentoses phosphates. Cette voie des pentoses phosphates est une voie métabolique majeure qui a lieu en parallèle de la glycolyse, et qui a un rôle majeur dans la prévention du stress oxydatif par production de NADPH (Stincone et al., 2015). Le stress oxydatif est un témoin important dans la plupart des maladies neurodégénératives dont la MH. Ainsi le but de notre deuxième étude était de comprendre l’implication de la voie des pentoses phosphates lors d’un stress dans la maladie de Huntington.Au travers d’approches biochimiques, cellulaires et comportementales, nous avons observé que la stœchiométrie de la glucose-6-phosphate déshydrogénase, l’enzyme limitante de la voie des pentoses phosphates, est augmentée lors d’un stress oxydatif et cette augmentation n’est pas observée dans le contexte de la MH. En effet, dans la MH, le niveau de G6PD est diminué à la surface des vésicules, ce qui a pour conséquence une vulnérabilité intrinsèque des neurones impactant leur survie. Cette survie étant restaurée lorsque G6PD est surexprimé spécifiquement à la surface des vésicules, notre étude démontrerait ainsi un rôle des enzymes de la voie des pentoses phosphates dans la MH et potentiellement une nouvelle stratégie thérapeutique de la MH.