Thèse soutenue

Photographie, géologie et impérialisme français en Chine : la mission technique et géologique Guillemoto-Leclère pour la construction du chemin de fer du Yunnan (1897-1899)

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Auteur / Autrice : Florence Adrover
Direction : Catherine Jami
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Histoire
Date : Soutenance le 28/11/2025
Etablissement(s) : Paris, EHESS
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Chine, Corée, Japon (Paris ; 2006-....)
Jury : Président / Présidente : Anne Rasmussen
Examinateurs / Examinatrices : Anne Rasmussen, Florence Bretelle-Establet, Daniel Foliard, Marie de Rugy, Светлана Михайловна Горшенина, Jean-François Klein
Rapporteurs / Rapporteuses : Florence Bretelle-Establet, Daniel Foliard
DOI : 10.70675/37bf973cz6519z4ac4zb399z50fe2d96cda0

Résumé

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Cette thèse propose de réfléchir sur les liens entre la photographie et la géologie, tel qu’ils ont été tissés au tournant du XXe siècle, du point de vue technique, institutionnel, scientifique et politique, à partir du cas spécifique de la mission technique et géologique Guillemoto-Leclère pour la construction du chemin de fer du Yunnan (1897-1899). Conduite par Charles Marie Guillemoto (1857-1907), ingénieur en chef des Ponts et chaussées, assisté d’André Leclère (1858-1915), ingénieur des Mines, cette mission s’inscrit dans le cadre du programme de développement économique et industriel, demandé par le ministre des Colonies André Lebon (1859-1938) et mis en place par le gouverneur général de l’Indochine Paul Doumer (1857-1932). Le prolongement de la ligne Hải Phòng-Hà Nội jusqu’à Lào Cai, puis Kunming 昆明, est un exemple de cette politique d’extension des zones d’influence de la France en Chine, dans le contexte du Break-up et de la rivalité qui oppose le gouvernement français à La Grande-Bretagne. À la demande du ministère des Affaires étrangères, Leclère rejoint sur le tard la mission technique ; il est chargé d’évaluer les ressources minières des provinces chinoises voisines du Tonkin et de dresser la carte géologique du Yunnan. La photographie est associée au processus de construction et de diffusion des savoirs géologiques. Elle accompagne les campagnes géologiques de l’explorateur, encadre l’exposé scientifique et orne le discours politique tenu à l’occasion de l’Exposition universelle de 1900. Les ressources étudiées en Chine ne sont pas visibles à l’image. Leclère est pourtant catégorique : les gisements houillers se trouvent au Yunnan en abondance. Les critiques stigmatisent une exploration hâtive et expéditive et les membres de la mission concèdent la nécessité de continuer plus avant les explorations. La mission Guillemoto se poursuit, parallèlement à celles menées par le consortium financier, monté par Doumer pour concrétiser la construction du chemin de fer. Alors que le chantier débute en 1902, les conclusions de Leclère sont mises en doute et relativisées par les missions supervisées par Honoré Lantenois de 1903 à 1909. Ces critiques n’entravent pas le chantier et n’empêchent pas le train d’arriver à son terminus, en gare de Kunming, le 30 juillet 1910. Dès lors, la question du rapport entre l’image et le réel, entre la représentation photographique, l’observation scientifique et les ambitions politiques se pose. Quelle est la part de la photographie dans la pratique géologique, dans la démonstration scientifique et dans la construction de l’empire colonial ? Au fond, quels sont les enjeux de la qualification géologique du Yunnan et de sa mise en image ?Cette thèse vise à montrer les mécanismes à l’œuvre dans la production des savoirs géologiques sur la Chine méridionale, affaiblie politiquement et soumise aux exigences des puissances occidentales, et analyser la réception de ces savoirs en Indochine, colonie politiquement et administrativement en cours de réorganisation, et dans la France métropolitaine, engagée dans une politique expansionniste en Asie.