Garder la porte entrebâillée : revisite ethnographique chez les Mbya-Guarani du Paraguay
| Auteur / Autrice : | Joaquin Ruiz Zubizarreta |
| Direction : | Alexandre Surrallés |
| Type : | Thèse de doctorat |
| Discipline(s) : | Anthropologie sociale et ethnologie |
| Date : | Soutenance le 15/10/2025 |
| Etablissement(s) : | Paris, EHESS |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Laboratoire d'anthropologie sociale (Paris ; 1960-...) |
| Jury : | Président / Présidente : Valentina Vapnarsky |
| Examinateurs / Examinatrices : Valentina Vapnarsky, Renato Sztutman, Guillermo Wilde, Olivier Allard, Élodie Blestel, Capucine Boidin-Caravias | |
| Rapporteurs / Rapporteuses : Renato Sztutman, Guillermo Wilde | |
| DOI : | 10.70675/52f3b3b1zf670z4915z8362zab9422ce68c2 |
Mots clés
Mots clés contrôlés
Résumé
Que dissent les Mbya-Guarani et comment ceci nous pousse à réfléchir sur nous-mêmes ? Cette thèse explore cette double question. D’un côté, elle propose une revisite ethnographique de l’ethnologie guarani, une relecture de ses classiques. De l’autre, elle examine les discours et les catégories mobilisés par les Mbya-Guarani pour penser une frontière avec les non-autochtones. C'est en effet à travers ce regard des Mbya-Guarani que nous sommes amenés à voir notre reflet et à réfléchir sur nous-mêmes. Ainsi la thèse revient-elle sur les interprétations des migrations guarani par deux écoles : l’une, centrée sur les aspects symboliques considérés comme purement autochtones ; l’autre, attentive aux dynamiques historiques et coloniales. L'ethnographie permet toutefois de dépasser ce clivage. Pierre Clastres, représentant majeur de l’approche symbolique, a, comme le montre cette thèse, épuré les textes guarani de toute référence chrétienne ou coloniale. On observe une démarche comparable chez León Cadogan : pour affirmer la pureté des textes qu'il publie, Cadogan développe une hypothèse selon laquelle les Mbya-Guarani auraient toujours fui le monde colonial. Cette thèse invite à nuancer ces positions. La deuxième partie s’intéresse aux catégories mobilisées par les Mbya-Guarani rencontrés sur le terrain. Pour se défendre, ces derniers recourent à des discours animistes : la différence qui les sépare des non-humains serait celle-là même qui les distinguerait des non-autochtones. Les processus de fabrication et d’entretien de la personne, explicitent ces catégories. Cette thèse souligne le côté politique des discours animistes, qui sont loin d’être extraits des mythes. Enfin, elle se penche sur un concept clé de l'ethnologie guarani afin d'analyser sa transformation : le mborayvu, qui régit les relations entre Guarani et avec les non-autochtones. Les Mbya-Guarani ne sont pas donc repliés sur eux-mêmes, mais s’efforcent de construire une frontière face aux non-autochtones. Comme le disait Clastres, ils maîtrisent une riche pensée et nous l'opposent. Par-là̀ même, cette pensée nous invite à réfléchir sur nous-mêmes et sur l’anthropologie.