Mettre le Grand Paris en œuvres : une anthropologie du travail de l’art contemporain intégré au bâti
| Auteur / Autrice : | Clara Ruestchmann |
| Direction : | Anne Monjaret |
| Type : | Thèse de doctorat |
| Discipline(s) : | Anthropologie sociale et ethnologie |
| Date : | Soutenance le 03/11/2025 |
| Etablissement(s) : | Paris, EHESS |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Laboratoire d'anthropologie politique (Paris) |
| Jury : | Président / Présidente : Gwenaële Rot |
| Examinateurs / Examinatrices : Gwenaële Rot, Emmanuelle Lallement, Céline Rosselin-Bareille, Yaël Kreplak, Olivier Roueff | |
| Rapporteurs / Rapporteuses : Emmanuelle Lallement, Céline Rosselin-Bareille | |
| DOI : | 10.70675/8baf773bzd344z46e1zabe9z1f6141220818 |
Mots clés
Mots clés contrôlés
Résumé
Cette thèse s’intéresse à la production d’œuvres d’art contemporain réalisées dans le cadre des projets urbains du Grand Paris, en particulier ceux liés au futur réseau de transport du Grand Paris Express (GPE), et ceux commandés pour le Village des athlètes, aménagé en Seine-Saint-Denis à l’occasion des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024. Ces œuvres, à vocation pérenne, présentent la spécificité d’être pensées en interface directe avec l’architecture des bâtiments : intégrées à une façade, fixées dans un plafond, fusionnelles du sol dans un hall, etc. Celles-ci s’inscrivent dans une dynamique de multiplication des commandes artistiques dans le Grand Paris et sont produites et installées au cœur même des chantiers. Leur fabrication mobilise un large éventail de professionnel·les de l’art mais aussi de l’urbain (architectes, ingénieur·es, ouvrier·es, etc.) ; elle prend, dès lors, place dans un entrelacement d’enjeux spécifiques au contexte bâti. Les rouages du processus de leur production demeurent néanmoins relativement opaques et, en premier lieu, pour celles et ceux qui y contribuent. Les différent·es acteur·ices qui traversent et composent la chaîne de fabrication de ces œuvres (de la commande en passant par leur conception, fabrication et installation, jusqu’à l’anticipation de leur maintenance) tendent en effet à évoluer dans des temporalités et dans des lieux distincts (chantiers, agences d’architecture, ateliers, etc.) et à travailler en silo, dessinant ainsi un processus de travail fragmenté.Je montrerai dans cette thèse que ces œuvres sont le fruit d’un processus sociotechnique où l’objet « œuvre d’art » est progressivement instauré en tant que tel, à chacune des étapes de travail. Je m’attacherai ainsi à retracer la trajectoire de construction de l’objet artistique, en m’appuyant sur une analyse par le prisme du travail, centrée sur les activités et les techniques mobilisées tout au long de la chaîne opératoire de conception et de production de ces œuvres. Pour ce faire, cette recherche s'appuie sur une enquête ethnographique menée pendant trois ans au sein d'une agence d'architecture dans le cadre d'un contrat Cifre, au cours de laquelle j’ai suivi le travail quotidien des architectes quant à la conception des bâtiments et des œuvres, puis au suivi de chantier dans lesquelles elles s’inscrivent. La recherche repose également sur l’étude de plusieurs projets d'œuvres d'art conduis par d’autres agences dans le Grand Paris, sur une série d'entretiens, ainsi que sur une pratique de photo-ethnographie.Il s’agira, en définitive, de considérer ces œuvres d’art pérennes comme le résultat de l’action conjuguée d’acteurs issus à la fois des mondes de l’art et de l’urbain, en portant notamment un regard sur les conventions socioprofessionnelles qui structurent leurs actions. La thèse interroge, finalement, la façon dont l’observation du travail qui sous-tend ces commandes artistiques offre des prises d’analyse plus générales sur les modes de fabrication de la ville, et plus particulièrement du Grand Paris.