L'expérience des identités à l'épreuve de l'histoire : être écrivain, juif et français 1880-1930
| Auteur / Autrice : | Catherine Fhima |
| Direction : | Nancy L. Green |
| Type : | Thèse de doctorat |
| Discipline(s) : | Histoire et civilisations |
| Date : | Soutenance le 03/10/2025 |
| Etablissement(s) : | Paris, EHESS |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Centre de recherches historiques (Paris) |
| Jury : | Président / Présidente : Judith Lyon-Caen |
| Examinateurs / Examinatrices : Judith Lyon-Caen, Florence Hulak, Richard Shryock, Jacques Walter | |
| Rapporteurs / Rapporteuses : Florence Hulak, Richard Shryock | |
| DOI : | 10.70675/3abbcec7z56e6z4eb5zaacfz50793cf0fb36 |
Mots clés
Résumé
L’objet de ce travail est d’étudier les processus d’élaboration des identités d’un ensemble d’écrivains, sous trois plans de différente valence : la judéité, la littérature et la nation. Cette expérience des identités est traitée historiquement dans une période qui s’étend de la fin du XIXe siècle jusqu’aux années 1930. On considère un groupe d’écrivains dont on établit la configuration, au sens de Norbert Elias : d’abord Gustave Kahn, André Spire, Edmond Fleg, Henri Hertz, Max Jacob, Jean-Richard Bloch et André Maurois, puis Benjamin Crémieux, Henri Franck et Ludmila Savitsky (seule écrivaine non juive du corpus), Albert Cohen, Pierre Abraham, Jean-Jacques Bernard, Josué Jéhouda... La mise en regard de ces écrivains avec des universitaires qu’ils côtoient (juifs ou non) permet d’étendre la configuration et d’affiner les analyses : Sylvain Lévi, Marcel Mauss, Émile Durkheim, Henry Lévy-Bruhl, Maurice Cahen, Robert Hertz, Marc Bloch et Lucien Febvre. Trois types de sources sont mobilisées : des correspondances, des revues et des œuvres. En croisant ces sources et en étudiant les relations des auteurs nommés, on montre l’interdépendance entre les identités et les altérités dans cette période traversée par l’affaire Dreyfus et la Grande Guerre, l’essor du sionisme, les questions sur l’Orient/Occident et par la vitalité de courants littéraires, etc. On a donc privilégié l’étude des interactions, au sens d’Erving Goffman, entre les individus et les groupes, entre Juifs et non juifs et avec les œuvres prises au miroir les unes des autres. Il en résulte que les identités produisent sur les acteurs des effets (personnels et sociaux) et provoquent ainsi actions et formes littéraires. Une question fonde notre problématique : comment des individus qui font l’expérience d’être nés juifs (identité interne), et donc héritent de cette judéité, apprennent à composer avec leur identité française née de l’émancipation de 1791 (identité externe) et à faire advenir celle d’écrivain (identité choisie) ? Être juif autour de 1900, c’est d’abord hériter d’une histoire inscrite dans une expérience et dans une mémoire communes fondées sur la migration, la vie en diaspora (donc comme minoritaires), dans une religion enracinée dans des sources textuelles abondantes mais délaissées, sous la menace sporadique de l’antisémitisme, etc. C’est aussi vivre dans un territoire spécifique, la France, qui a offert aux Juifs la citoyenneté en égalité et en liberté. Aussi, notre question devient : qu’est-ce que les identités juive et française font à ces individus pour les faire advenir comme écrivains ? La judéité est considérée comme le socle premier de l’expérience et de l’épreuve sur deux plans : celui des sentiments et des actions et celui des interactions avec une altérité majoritaire, et avec une altérité intérieure, dans un jeu de miroirs croisés constant. On montre ensuite que l’identité française s’acquiert sur la modalité du don et du contre-don, cycle qui fait de l’acquisition de la citoyenneté un moment historique à l’origine d’une passion indéfectible pour la France. Enfin, on montre que l’identité d’écrivain se forge sur ce composé d’expériences spécifiques, afin d’atteindre un universel renouvelé. Éprouver et faire, tel est le couple structurant que l’on étudie en tant que mouvement actif et producteur d’un habitus juif français, historiquement situé. Trois parties s’articulent pour asserter nos hypothèses : « La fabrique de l’écrivain », « Violences de la modernité, puissances de l’écriture », et enfin « Expériences d’émancipations : être, faire, devenir ». L’accès à l’universel s’effectue alors par la défense unanime par tous les écrivains étudiés d’un humanisme éthique. Comme une reconnaissance de dette envers l’ampleur du monde, pour vivre et faire valoir leur parole d’écrivains, de Juifs et de Français.