Thèse soutenue

Un parti en mouvement(s) ? Recompositions du travaillisme britannique sous Jeremy Corbyn (2015-2020)

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Auteur / Autrice : Denis Rayer
Direction : Yohann Aucante
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Études politiques
Date : Soutenance le 10/01/2025
Etablissement(s) : Paris, EHESS
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales
Jury : Président / Présidente : Rémi Lefebvre
Examinateurs / Examinatrices : Rémi Lefebvre, Emmanuelle Avril, Manuel Cervera-Marzal, Stéphanie Dechézelles
Rapporteurs / Rapporteuses : Emmanuelle Avril, Manuel Cervera-Marzal

Résumé

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Cette thèse étudie les recompositions du travaillisme britannique qui se sont produites entre 2015 et 2020, lorsque Jeremy Corbyn dirigeait le Parti travailliste. Durant cette période, de nombreux militants socialisés à l’engagement politique dans les mobilisations du début des années 2010 ont convergé vers le Parti travailliste et ses marges afin de soutenir Jeremy Corbyn. Ce travail s’interroge sur les effets produits sur le parti et son environnement par ce phénomène collectif de reconversion militante, formulant l’hypothèse de la formation d’un milieu partisan protestataire. Il vise également à comprendre les différentes façons dont ces militants se sont adaptés – ou non – à un nouveau cadre d’engagement très institutionnalisé. Pour explorer ces questions, cette thèse s’appuie sur un corpus de données principalement qualitatives composé de 46 entretiens semi-directifs, d’observations réalisées dans le cadre de séjours ethnographiques à Londres, Oxford et Manchester, et de documents récoltés sur le terrain d’enquête. En se penchant sur les processus et les entrepreneurs de la fabrique organisationnelle, ce travail analyse la genèse de structures hybrides au sein du système d’organisations travailliste. Il montre les formes d’engagement et de mobilisation atypiques que ces organisations ont fait émerger. Étudiant leur rapport au Parti travailliste, il montre également que les contraintes institutionnelles exercées par le parti sur l’ensemble de son environnement ont eu tendance à faire converger ces organisations vers sa propre culture, ou à les contraindre à la marginalité si elles résistaient à cette conversion. Analysant les trajectoires individuelles et collectives des militants protestataires reconvertis à l’engagement partisan, il montre que ces acteurs étaient également confrontés à ces contraintes institutionnelles, qui fonctionnaient comme un cadre socialisateur. Dès lors, les militants les moins disposés à interagir avec le parti ne sont parvenus qu’à l’influencer de façon très limitée, tandis que ceux qui parvenaient à s’y acculturer avaient tendance à y perdre leurs dispositions protestataires. Cette thèse soutient alors que les recompositions du travaillisme engagées par des militants de culture protestataire ont été pour l’essentiel marginales et contrariées. Elle souligne néanmoins que ce constat n’amoindrit pas le caractère original et remarquable des organisations, des pratiques et des trajectoires qu’elles ont impliquées.