«Semplicità che l'anima consola». Gozzano et la réception du symbolisme français à Turin
| Auteur / Autrice : | Stefano Angelini |
| Direction : | Silvia D'Amico Girot, Valter Boggione |
| Type : | Thèse de doctorat |
| Discipline(s) : | Langues et littératures romanes : espagnol, italien, portugais, autres langues romanes |
| Date : | Soutenance le 14/11/2025 |
| Etablissement(s) : | Chambéry en cotutelle avec Università di Torino |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale cultures, sociétés, territoires (Chambéry ; 2021-....) |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Laboratoire Langages, littératures, sociétés, études transfrontalières et internationales (Chambéry ; 2013-...) |
| Jury : | Président / Présidente : Maria Pia De Paulis-Dalembert |
| Examinateurs / Examinatrices : Yannick Gouchan, Marco Maggi | |
| Rapporteurs / Rapporteuses : Maria Pia De Paulis-Dalembert, Andrea Aveto | |
| DOI : | 10.70675/d05dc34cz2170z49a2z9fddzabf3976ead98 |
Mots clés
Résumé
Au début du XXe siècle, Turin est une ville en mutation sociale, animée par une vivacité intellectuelle certaine, mais alourdie par des héritages bourgeois et un moralisme d'inspiration encore largement ottocentesque. Cette étude se propose de reconstituer les rapports de Guido Gozzano avec le milieu culturel turinois, à travers l'analyse des périodiques auxquels il a collaboré ou qui ont accueilli ses écrits, tels que «Il Campo», «Il Venerdì della Contessa», «Il Piemonte», parmi d'autres. Le dépouillement s'est limité à la période allant de la fin du XIXe siècle jusqu'à la publication des Colloqui, moment à partir duquel l'activité poétique de Gozzano se fait plus rare, tandis que les prémices de la Première Guerre mondiale modifient radicalement le contexte culturel. Deux axes structurent l'environnement intellectuel piémontais : d'une part, une subordination presque totale au modèle français, souvent reçue cependant de manière superficielle ; d'autre part, une réaction éthique et culturelle face aux excès du d'annunzianisme. Le premier chapitre est consacré aux auteurs français qui ont exercé une influence marquante sur Gozzano et qui apparaissent fréquemment dans les périodiques étudiés : Francis Jammes, Maurice Maeterlinck, Pierre Loti, Alfred de Musset, José-Maria de Heredia et Jean Lorrain. Il est montré que la critique turinoise lisait ces auteurs à travers un prisme moraliste : Jammes, par exemple, fut accueilli comme un antidote à la décadence dannunzienne ; Maeterlinck, quant à lui, fut davantage apprécié pour sa phase naturaliste et spiritualiste que pour ses débuts symbolistes. Le deuxième chapitre examine la position de Gozzano au sein de ce contexte turinois, marqué par une ambivalence constante : il filtre ses modèles avec ironie, sans jamais y adhérer pleinement, ni s'en détacher entièrement. Même à l'égard de Jammes, l'on observe ce double mouvement : affinité stylistique d'un côté, mais aussi distanciation critique, perceptible dans la réécriture et l'adoption d'un ton ironique. Le troisième chapitre approfondit ces dynamiques à travers des confrontations textuelles directes. La dernière partie de la recherche se penche sur les notes de l'Albo dell'Officina, en identifiant des sources explicites chez Loti, Lorrain et Jammes, et en montrant comment Gozzano était capable d'absorber, de transformer et de styliser des influences extérieures jusqu'à les fondre dans sa propre voix poétique. C'est là l'un des principaux apports de ce travail. Cette étude s'oppose à une lecture biographique et sentimentaliste de Gozzano, et restitue l'image d'un poète conscient et raffiné, capable d'évoluer avec une remarquable aisance à l'intérieur des codes esthétiques de son temps. Son œuvre se distingue par sa faculté de redonner vie, par de subtiles variations, à des motifs conventionnels, en les faisant siens. Même le ton modeste et provincial de nombre de ses textes ne saurait être interprété comme une limite : il s'inscrit au contraire dans une mouvance plus vaste qui, au début du XXe siècle, redécouvre la valeur du monde rural et s'oppose aux excès de l'esthétisme métropolitain (comme le montre également le cas de Jammes). C'est en cela que réside sa modernité : non dans un rejet programmatique des styles dominants, mais dans une adhésion partielle, toujours interrogée et encadrée par une conscience critique qui est en même temps poétique. Son ironie n'est jamais destructrice, mais marque plutôt une appartenance désenchantée, où toute adhésion équivaut à une prise de distance. Gozzano ne combat pas les modèles contemporains : il les déconstruit de l'intérieur, les imite pour en révéler les limites, les humanise. Sa poésie constitue un geste d'affection envers ce qui ne peut plus être pris au sérieux, sans toutefois pouvoir être entièrement renié.