La participation des enfants dans les prises de décisions en Protection de l’Enfance : approche écosystémique et psycho-développementale des représentations et des pratiques des enfants placé.es en famille d'accueil et des professionnel.les
| Auteur / Autrice : | Alizée Delhoste |
| Direction : | Véronique Rouyer |
| Type : | Thèse de doctorat |
| Discipline(s) : | Psychologie |
| Date : | Soutenance le 17/12/2025 |
| Etablissement(s) : | Bordeaux |
| Ecole(s) doctorale(s) : | Sociétés, Politique, Santé Publique |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Laboratoire de psychologie (Bordeaux) |
| Jury : | Président / Présidente : Benoît Schneider |
| Rapporteurs / Rapporteuses : Fabien Bacro, Séverine Euillet | |
| DOI : | 10.70675/feeeb8a1zc245z48b2z810dzaedadfa6add1 |
Mots clés
Résumé
L’adoption de la CIDE en 1989 reconnaît à tous·tes les enfants, de moins de 18 ans, le droit d’exprimer librement leurs opinions dans les décisions qui les concernent et de voir celles-ci dûment prises en considération, eu égard à leur âge et à leur degré de maturité. Toutefois, cette reconnaissance juridique ne garantit pas à elle seule une participation effective, notamment dans le champ de la Protection de l’Enfance. Plusieurs rapports nationaux (Cerisuela et al., 2023 ; Hédon, 2020) et recherches internationales (Euillet & Faisca, 2019 ; Toros, 2021 ; van Bijleveld et al., 2015) soulignent en effet l’existence de multiples obstacles qui freinent sa mise en œuvre et limitent la reconnaissance de l’enfant en tant qu’acteur·trice des processus décisionnels. Or, la participation ne constitue pas seulement un droit fondamental : elle conditionne aussi l’effectivité d’autres droits reconnus par la CIDE (Hédon, 2020), contribue au développement et au bien-être des enfants protégé·es ainsi qu’à la qualité de leur placement (Lansdown, 2001 ; Rafeedie et al., 2019 ; Toros, 2021).Par ailleurs, les recherches pluridisciplinaires associent encore fréquemment les « enfants » au terme juridique de « mineur·es », et documentent principalement les expériences participatives des adolescent·es, et plus rarement celles des enfants d’âge scolaire. Dans ce contexte, cette thèse en psychologie du développement examine la participation des enfants, âgé·es entre 6 et 12 ans, accueilli·es en famille d’accueil, aux prises de décisions les concernant. Elle s’appuie sur une double approche : écosystémique (Bronfenbrenner, 2005) pour appréhender l’influence de plusieurs contextes écologiques sur l’effectivité de la participation, conçue comme un processus psycho-social, et psycho-développementale (Malrieu, 1973, 1977, 2003), en considérant la part-active de l’enfant dans son développement au travers de ses interactions avec ses milieux de vie.Ce travail s’articule autour de 4 objectifs : étudier les représentations et les pratiques d’une pluralité de professionnel·les de la Protection de l’Enfance (1), ainsi que les obstacles, les leviers et les aménagements de la participation qu’ils·elles identifient (2) ; examiner l’influence des représentations des enfants accueilli·es (6-12 ans) concernant leur participation aux décisions institutionnelles sur leur expérience subjective du placement (3) ; comprendre comment ils·elles perçoivent et donnent du sens à leur participation aux prises de décisions quotidiennes et institutionnelles (4).Pour ce faire, des entretiens semi-directifs ont été réalisés auprès de 21 professionnel·les (11 assistant·es familiaux·les, 6 référent·es éducateurs·trices, 2 chef·fes de service d’ASE, 2 juges des enfants), ainsi qu’auprès de 6 enfants (8-12 ans), sous forme d’activités afin de favoriser l’accès à leurs points de vue.Les résultats issus de l’analyse thématique indiquent que, dans les pratiques professionnelles, la participation des enfants demeure principalement consultative. Sa mise en œuvre apparaît conditionnée par certains leviers et obstacles situés à différents niveaux : ontosystémique (caractéristiques individuelles et vécu des enfants), microsystémique (relations enfants-professionnel·les), mésosystémique (relations entre professionnel·les), exosystémique (organisation des services d’ASE, cadre judiciaire du placement) et macrosystémique (rapports de pouvoir enfants-adultes). Les résultats issus de l’analyse par questionnement analytique montrent que la participation peut avoir une incidence sur le vécu subjectif des enfants (8-12 ans) tout au long du processus de placement. Elle constitue par ailleurs un levier de socialisation, à travers la manière dont ils·elles se positionnent et donnent du sens aux relations qu’ils·elles construisent avec les adultes, ainsi qu’aux règles éducatives et aux fonctionnements institutionnels, auxquels ils·elles sont confronté·es.