Les néandertaliens d'Arcy-sur-Cure (Yonne, France) : variabilités morphologiques, usures dentaires et implications comportementales
| Auteur / Autrice : | Juliette Henrion |
| Direction : | Bruno Maureille, Jean-Jacques Hublin |
| Type : | Thèse de doctorat |
| Discipline(s) : | Anthropologie biologique |
| Date : | Soutenance le 12/05/2025 |
| Etablissement(s) : | Bordeaux |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale Sciences et Environnements (Talence, Gironde ; 1999-....) |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : De la Préhistoire à l'Actuel : Culture, Environnement et Anthropologie (Talence) |
| Jury : | Président / Présidente : Sandrine Prat |
| Examinateurs / Examinatrices : Priscilla Bayle, Shara Elaine Bailey | |
| Rapporteurs / Rapporteuses : Sireen El Zaatari, Emma Pomeroy |
Mots clés
Mots clés contrôlés
Résumé
Les grottes préhistoriques dʼArcy-sur-Cure constituent un ensemble unique de gisements qui alimentent lʼétude des populations néandertaliennes du Paléolithique moyen à récent depuis plus de 75 ans. Cinq cavités y ont livré 147 vestiges attribués aux techno-complexes du Moustérien au Châtelperronien. La Grotte du Loup a livré une dent isolée, tandis que la Grotte du Bison, où ont été mis au jour le plus de restes dentaires (n = 42/49), présente un minimum de neuf individus de toutes classes âges. Le plus grand nombre de restes humains proviennent de la Grotte du Renne (n = 74), soit un minimum de neuf individus, majoritairement jeunes (de in utero à pubescent). La Galerie Schoepflin (n = 5), associée à la Grotte du Renne, a livré trois individus a minima. Enfin, la Grotte de lʼHyène (n = 18) révèle un minimum de six individus, de la fin de lʼenfance à lʼâge adulte avancé. Lʼanalyse morphologique des dents met en évidence des traits non-métriques fréquemment observés chez les Néandertaliens. Une homogénéité est observée dans la présence de sillons et trous sur les apex coronaires des dents non usées (n = 33/48). Des variations inter-individuelles sont également identifiées, notamment par les diamètres coronaires de certains spécimens de la Grotte du Renne et du Bison, se situant au sein de la variabilité pré-néandertalienne. Une grande variabilité racinaire est également exprimée chez les prémolaires, de façon inter- et intra-individuelle. Les analyses morphométriques situent les prémolaires et molaires dans la variabilité néandertalienne, bien que les M1 de la Grotte du Bison, M1 et P4 de la Grotte du Renne et P4 de ces deux cavités se trouvent entre les Néandertaliens anciens et tardifs. Trois spécimens se situent morphométriquement entre la variabilité néandertalienne et celle des humains anatomiquement modernes. Ces résultats suggèrent une certaine diversité morphologique au sein des Néandertaliens les plus récents dʼArcy-sur-Cure. Lʼusure dentaire de plusieurs de ces Néandertaliens révèle une mastication intensive de matériaux durs, avec un pitting occlusal marqué, des fractures dʼémail et une hypercémentose très développée accompagnant la réduction du relief occlusal. La topographie occlusale et les micro-usures buccales indiquent une préférence latérale droite pour les deux arcades de la Grotte de lʼHyène. Lʼusure marquée de lʼos maxillaire de la Grotte de lʼHyène, exprimée sous formes de bassins dʼusures marqués, particulièrement distalement, est cohérente avec la transformation de longue haleine dʼéléments durs, est notamment retrouvée sur la dent isolée dʼun individu plus jeune de la Grotte du Bison. La mandibule de la Grotte de lʼHyène présente également des sillons marqués sur les surfaces buccales des dents post-canines et une incisive fortement atteinte, témoignant dʼusages non masticatoires. Ces observations suggèrent des comportements dentaires similaires entre différentes classes dʼâge et entre les unités moustériennes des grottes du Bison et de lʼHyène.