Thèse soutenue

Vivre dans un « monde qui fond » : recentrer les expériences vécues de bouleversements lents à Ittoqqortoormiit (Kalaallit Nunaat)

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Auteur / Autrice : Tanguy Sandre
Direction : Jean-Paul VanderlindenArjan WardekkerJeanne-Marie Gherardi
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Sciences Sociales
Date : Soutenance le 17/12/2024
Etablissement(s) : université Paris-Saclay
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale Sciences sociales et humanités (Versailles ; 2020-....)
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Cultures, environnements, Arctique, représentations, climat (Guyancourt, Yvelines ; 2010-....)
Référent : Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines (1991-....)
graduate school : Université Paris-Saclay. Graduate School Sociologie et science politique (2020-….)
Jury : Président / Présidente : Mark Nuttall
Examinateurs / Examinatrices : Thora Martina Herrmann, Eduard Ariza Sole, Naja Dyrendom Graugaard, Laine Chanteloup
Rapporteurs / Rapporteuses : Mark Nuttall, Thora Martina Herrmann, Eduard Ariza Sole

Résumé

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Alors que l'Arctique se réchauffe trois à quatre fois plus vite que la moyenne à l'échelle mon-diale, les expériences vécues des habitantes et habitants de la région sont souvent négligées et envisagées sous le seul angle de leur capacité d'adaptation. Dans ce contexte, cette thèse de doctorat vise à répondre à la nécessité de repla-cer la compréhension des bouleversements envi-ronnementaux et climatiques actuels dans les façons d'être au monde et les expériences des personnes concernées. Le travail de recherche s'est ancré dans la communauté arctique d'It-toqqortoormiit (Kalaallit Nunaat, Groenland), où j'ai mené des entretiens ouverts et un travail ethnographique entre 2021 et 2023. L'approche narrative, inspirée de la théorie ancrée et de l'ethnographie critique, a permis d'étudier les changements induits par le climat, tels que ceux associés à la réduction de la glace de mer. Ces derniers occupent une place prépondérante dans les récits et les expériences vécues des membres de la communauté. Cependant, ces changements ne peuvent être compris unique-ment comme des changements physiques, mais sont profondément liés à l'expérience du lieu et au rapport à l'incertitude croissante associée à des changements décrits comme non-linéaires. L'expérience des personnes est façonnée à la fois par l'isolement géographique de la commu-nauté mais aussi par la réitération de modèles historiques de domination qui structurent le sentiment d'être « oublié·es ». Par conséquent, l'originalité de la recherche repose sur une pen-sée en dialogue avec des perspectives décolo-niales, qui permet de développer une approche située qui prend la forme d'une « théorie sen-sible ». Celle-ci est construite par l'adoption de formes d'écriture qui entremêlent la réflexivité critique, l'auto-ethnographie et la théorie. En outre, la recherche contribue à pluraliser le récit de l'Arctique dans le cadre de l'Anthropocène. En situant les expériences spécifiques des habitants et habitantes de l'Est du Kalaallit Nunaat dans les processus historiques, je démontre que les bouleversements environnementaux et clima-tiques en cours sont inextricablement liés aux rémanences coloniales, à la distribution inégale du pouvoir narratif et aux injustices épisté-miques vécues par les résident·es de la commu-nauté. Ainsi, la thèse propose la notion de bou-leversements lents, qui se réfère à des change-ments qui ne sont pas soudains, ou dont les impacts se manifestent progressivement, contri-buant à alimenter l'expérience de marginalisa-tion. Cette notion permet également de discuter les notions occidentales de résilience et de ter-minalité à l'aune d'expériences concrètes d'atta-chement à un lieu, d'avenir désiré et d'agentivité. Enfin, la manière dont la recherche a été déployée interroge le potentiel des formes transdisciplinaires, telles que l'art visuel et la recherche-intervention, pour renforcer les capa-cités d'agir des membres de la communauté.