Thèse soutenue

La souffrance des policiers : entre symptôme individuel et malaise social

FR  |  
EN
Auteur / Autrice : Mélynda Moulla
Direction : Thierry Lamote
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Recherches en psychanalyse et psychopathologie
Date : Soutenance le 14/12/2024
Etablissement(s) : Université Paris Cité
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale Recherches en psychanalyse et psychopathologie (Paris ; 2001-....)
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Centre de Recherches Psychanalyse, Médecine et Société (Paris ; 2001-....)
Jury : Président / Présidente : Georgios Dimitriadis
Rapporteurs / Rapporteuses : Patricia Cotti, Jessica Choukroun-Schenowitz
DOI : 10.70675/a7168a60z67a5z4e04zad3fzfde85a5b130c

Mots clés

FR  |  
EN

Résumé

FR  |  
EN

Depuis plusieurs années, les policiers font état d'un malaise profond et persistant, marqué par une dégradation de leurs conditions de travail, une perte de leur autorité et une défiance accrue de la société envers leurs missions. Sigmund Freud avait décrit, dès 1929, un malaise qu'il déduisait des effets du renoncement pulsionnel liés aux contraintes du vivre ensemble. Mais est-ce que les policiers d'aujourd'hui sont confrontés aux effets de ce malaise ou s'agit-il d'un malaise d'un autre genre? Jacques Lacan analyse le malaise comme un symptôme structurel lié, non seulement, à la jouissance mais aussi aux transformations profondes du lien social et des discours qui le soutiennent. Loin d'être un simple problème de conditions matérielles ou de gestion, le malaise policier est intrinsèquement lié à une crise de discours et à une mutation de la jouissance, concepts clés développés par Lacan. Selon lui, le lien social est structuré par les discours qui découlent de la structure même du langage, dont il résulte que chaque sujet y est pris, influençant ses comportements ainsi que la forme de ses souffrances. Dans ce travail de recherche, le malaise des policiers est mis en perspective avec le malaise freudien, où le sujet est en conflit avec les exigences de la culture. Freud postulait que le malaise est un phénomène inévitable, résultant de la tension entre les pulsions et l'intériorisation des contraintes sociales par le surmoi. La police, en prise avec l'intraitable de la jouissance, doit sans cesse articuler les enjeux de pouvoir et de lien social, ce qui la place au centre d'antagonismes inextricables et de critiques incessantes. Cette thèse propose ainsi de lire le malaise policier contemporain à travers le prisme des discours et de la jouissance, concepts développés par Lacan pour analyser les dynamiques inconscientes à l'oeuvre dans tout collectif. Les discours régissent ainsi les modalités de la jouissance des sujets et du lien social. L'institution policière, en tant que régulatrice de la jouissance, se situe à l'interface du réel de la jouissance, qu'elle a pour vocation de contenir et de structurer. Cependant, le discours dominant actuel valorise l'autonomie individuelle, en affaiblissant les limites symboliques, et modifie profondément la régulation de celle-ci, mettant à mal l'idéal policier. La perte de légitimité de l'institution se traduit par une mise en échec partielle du traitement de la jouissance, avec pour conséquence un reflux de violence sur les sujets policiers. Ce malaise, analysé ici comme un symptôme de la mutation des discours, affecte non seulement le fonctionnement interne de l'institution mais aussi le lien des policiers avec le collectif. La police, historiquement adossée au discours du maître, se trouve aujourd'hui fragilisée par un contexte où ce discours est supplanté par le discours capitaliste qui valorise la performance individuelle au détriment des structures collectives de régulation. Ce changement de discours a pour effet de déstabiliser l'idéal policier, de compromettre l'autorité et de fragiliser la fonction que remplit le symptôme comme interface entre le sujet et le collectif. L'originalité de cette recherche réside ainsi dans son approche psychanalytique pour éclairer la crise institutionnelle de la police. Elle met en lumière la plasticité de l'institution policière, qui, bien qu'adossée au pouvoir politique et ajustée aux formes de son époque, montre aujourd'hui des signes de fragilité face à un discours dominant qui échoue à traiter la jouissance. En mobilisant les concepts de jouissance, de discours, d'idéal et de symptôme, elle propose une lecture inédite du malaise policier, comme la manifestation symptomatique d'une crise plus large du lien social. Les concepts psychanalytiques permettent de comprendre comment la mutation des discours influence les structures d'autorité et les régulations sociales, rendant les symptômes policiers emblématiques d'une souffrance collective.