Thèse soutenue

Le politique et les gammes de l'écriture à travers l'œuvre de Paul Vaillant-Couturier

FR  |  
EN
Auteur / Autrice : Pierre Dharréville
Direction : Catherine Milkovitch-Rioux
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Langue et littérature françaises
Date : Soutenance le 12/12/2024
Etablissement(s) : Université Clermont Auvergne (2021-...)
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale des Lettres, Langues, Sciences Humaines et Sociales (Clermont-Ferrand)
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Centre de Recherches sur les Littératures et la Sociopoétique (Clermont-Ferrand, Puy-de-Dôme, France)
Jury : Président / Présidente : Yvan Daniel
Examinateurs / Examinatrices : Annick Jauer
Rapporteurs / Rapporteuses : Denis Pernot, Serge Wolikow
DOI : 10.70675/fdf9437ez7d4bz4f34z8ed6zb7441dd4edb3

Mots clés

FR  |  
EN

Résumé

FR  |  
EN

L'œuvre de Paul Vaillant-Couturier se situe à la confluence du littéraire et du politique. À la fois singulière et exemplaire, elle témoigne de leurs rapports complexes dans la première moitié du XXe siècle.Écrivain, journaliste, député, avocat, Paul Vaillant-Couturier produisit une œuvre composite : poésie, théâtre, romans, nouvelles, contes, chansons, éditoriaux, reportages, rapports, discours… Son parti pris initial fut celui du lyrisme, qui prit également forme dans son acte de foi communiste, et qui pouvait prendre différentes formes, jusqu'à celle de la satire, qu'il pratiqua précocement. L'expérience de la Première Guerre mondiale, où il fut soldat, loin d'éteindre son geste littéraire l'amena à se confronter autrement au réel. D'abord baigné dans une culture classique, Paul Vaillant-Couturier chercha au fil de son existence les formes contemporaines d'une écriture de la relation, d'une parole vivante, d'une littérature populaire. Il se tint à distance des écoles littéraires, poursuivant sa propre quête autour de ces trois esthétiques — le lyrisme, le réalisme et la parole vivante — et jouant, dans le champ littéraire le rôle politique d'un rassembleur autour d'une perspective révolutionnaire et du refus radical du fascisme.Le geste littéraire et le geste politique semblent à la fois distincts et inséparables dans son œuvre. En effet, Paul Vaillant-Couturier se défie de la littérature militante et appelle les écrivains à «rester des écrivains». Il forgea un style et une langue populaires sans être populistes, arpentant les frontières des genres et fuyant les enfermements, dans un long travail d'affranchissement. Paul Vaillant-Couturier fut un écrivain d'une époque troublée : son œuvre est celle d'un combattant, sensible aux événements de son temps, inquiet de la montée du fascisme, enthousiaste devant les mouvements révolutionnaires, mais c'est plus largement celle d'un homme qui aimait la vie et le genre humain. Comme sa vie, elle porte la marque de ce qu'il nommait un «déchirementjoyeusement consenti», ce frottement fécond entre les deux dynamiques qui l'animaient, la dynamique littéraire et la dynamique politique, se nourrissant réciproquement l'une de l'autre. C'est de ce mouvement de déchirement que naquit cette œuvre-vie, celle d'un inclassable qui entendait exprimer pleinement sa personnalité en toute liberté. C'est l'existence de son œuvre qui donna force à sa voix et à son action politique, et fit de lui un personnage incontournable de l'entre-deux-guerres. C'est le politique, au sens d'un processus civilisant qui touche profondément au devenir humain, avec toute l'ampleur des interrogations qu'il appelle, qui irrigua son geste littéraire. À travers les gammes de l'écriture, son œuvre montre et appelle le surgissement du politique dans la vie. Il s'agit d'un politique particulier, le politique communiste. Car Paul Vaillant-Couturier, demeurant un écrivain, fut une figure essentielle de ce que l'on pourrait appeler un communisme littéraire, portant une forme de spiritualité communiste.La vie-œuvre de Paul Vaillant-Couturier met à jour la fécondité du déchirement entre le littéraire et le politique. Elle témoigne d'un dialogue possible entre le geste littéraire et le geste politique ; elle montre une cohabitation possible du littéraire et du politique dans la même personne ; elle indique les questionnements communs aux deux à propos des pouvoirs de la langue ou du récit. Elle explore les conditions auxquelles les questionnements littéraires et politiques peuvent être, en sachant se faire écho, des gestes de liberté, d'épanouissement et d'émancipation.