Thèse soutenue

Pratiques de pouvoir, pratiques de l'écrit : administrer les villes de Touraine au temps des guerres de Religion : Amboise, Chinon et Loches, 1554-1598

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Auteur / Autrice : Rémi Demoen
Direction : Florence Alazard
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Histoire
Date : Soutenance le 19/06/2024
Etablissement(s) : Tours
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale Humanités et Langues (Centre-Val de Loire ; 2018-....)
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Centre d'études supérieures de la Renaissance (Tours ; 1956-....)
Jury : Président / Présidente : Nicolas Le Roux
Examinateurs / Examinatrices : Pierre Chastang
Rapporteurs / Rapporteuses : Fanny Cosandey, Olivier Poncet

Résumé

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Pourtant souvent présentée comme le cœur de l'État monarchique à la Renaissance, la Touraine est demeurée en marge des renouvellements de l'histoire politique et administrative qui mettent en évidence le rôle de la culture écrite dans le renforcement de l'État moderne et dans le développement de nouvelles pratiques politiques. Parmi les villes de cette province, Amboise, Chinon et Loches, marquées jusque dans leur bâti par le pouvoir monarchique, ont produit tout un ensemble de documents relatifs à leurs administrations urbaines et locales qui autorise une approche des techniques de gouvernement. Cette thèse se propose de faire une histoire des trois pouvoirs municipaux au temps des guerres de Religion en s'appuyant sur les documentations urbaines et les nouveaux paradigmes historiographiques auxquels ils se rattachent. L'étude des administrations municipales par leurs productions documentaires se trouve au confluent de trois enjeux essentiels. Le premier enjeu est d'ordre territorial, à savoir définir la Touraine des guerres de Religion et son organisation. Aux pouvoirs municipaux administrant leurs périphéries proches se superpose un gouvernement provincial dont le siège se trouve à Tours, lui-même dépendant des instances royales. La mise en évidence des pratiques de pouvoirs, de la prise de décision jusqu'aux applications effectives au sein de l'espace urbain permet d'étudier, sur nouveaux frais, l'enchevêtrement des juridictions (judiciaires, fiscales, militaires, religieuses) qui font des villes des centres, des sièges royaux et des foyers spécialisés à l'échelle locale. Les documentations urbaines rendent justement compte de l'organisation des pouvoirs dans les municipalités qui, si elle se fonde sur l'implication d'élites urbaines cultivant leur statut social, est indissociable de l'administration royale et de ses officiers. C'est là le second enjeu de la thèse. Du conseil privé du souverain aux assemblées délibératives tenues par les corps de ville, le medium écrit est un vecteur qui transite et dont la valeur, reconnue par les différentes instances administratives du royaume, assure le dialogue entre les villes et le roi. Les fonds municipaux conservent aujourd'hui les restes de vastes paysages documentaires visant à gérer, à ordonner et à gouverner les villes. Les pratiques politiques consignées dans des documents tels que les registres de délibérations témoignent d'une constante royale, présente par des supports écrits divers tels que l'épistolaire, les ordonnances et les réglementations urbains ou civiles. Ces directives royales ne sont pourtant pas à sens unique. Les papiers de ville conservés renseignent sur la capacité des instances urbaines à répondre, à dialoguer et, plus encore, à négocier. Nos recherches dans les archives municipales visent ainsi à cerner les ressources et les stratégies des communautés urbaines pour renouveler des liens privilégiés avec les rois et limiter le poids de l'impôt, des munitions ou de la soldatesque. Ces compétences, actionnées grâce à l'écrit, sont d'autant plus nécessaires durant les troubles du second XVIe siècle. De la Conjuration d'Amboise de 1560 jusqu'aux mouvements ligueurs des deux dernières décennies du siècle, la Touraine est pleinement impliquée dans la fièvre religieuse qui s'empare du royaume de France. Le troisième enjeu de cette thèse est d'interroger l'impact du climat des guerres civiles et des bouleversements monarchiques sur les villes et leur administration, et plus encore l'évolution des rapports entretenus avec le pouvoir royal. À la croisée de ces trois enjeux, c'est bien la question des liens entre des pratiques de pouvoir et celles de l'écrit qui se pose. À partir des formes et contenus des papiers de ville, cette thèse propose de réfléchir aux nouvelles formes de gouvernement qui s'élaborent durant le second XVIe siècle, des simples études de greffier de ville aux plus hautes sphères de l'État royal.