Thèse soutenue

Réintégrer l'élevage dans les fermes et territoires de cultures : motivation des agriculteurs, contextes sociotechniques, pratiques et durabilité des fermes

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Auteur / Autrice : Clémentine Meunier
Direction : Guillaume MartinJulie Ryschawy
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Agrosystèmes, écosystèmes et environnement
Date : Soutenance le 03/12/2024
Etablissement(s) : Université de Toulouse (2023-2025)
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale Sciences écologiques, vétérinaires, agronomiques et bioingénieries (Toulouse)
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : AGroécologie, Innovations, TeRritoires (Castanet-Tolosan, Haute-Garonne ; 2003-....)
Etablissement délivrant conjointement le doctorat : Institut national polytechnique (Toulouse ; 1969-....)
Jury : Président / Présidente : Alberto Bernués
Examinateurs / Examinatrices : Guillaume Martin, Julie Ryschawy, Alberto Bernués, Renske Hijbeek
Rapporteurs / Rapporteuses : Mireille Navarrete, Lee-Ann Sutherland
DOI : 10.70675/a7c7ae30z218cz49ffzbce9z9a0a37311444

Résumé

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La spécialisation des fermes et des territoires et la déconnexion entre cultures et élevages engendrent de lourds impacts environnementaux à l’échelle mondiale. Pourtant, les fermes spécialisées largement dépendantes aux intrants restent le modèle dominant. A contre-courant, quelques agriculteurs pionniers réintègrent (i.e. organisent intentionnellement le retour) de l’élevage dans les fermes et territoires spécialisés en cultures. Ces initiatives, théoriquement agroécologiques, pourraient contribuer à réduire l’impact environnemental l’agriculture. Toutefois, elles ont jusqu'alors été peu étudiées. L’objectif de ma thèse était de produire des connaissances sur pourquoi, dans quels contextes, comment et avec quels impacts les agriculteurs réintègrent l’élevage. J’ai développé une approche exploratoire, en étudiant une grande diversité de fermes françaises ayant réintégré de l’élevage sur la ferme ou par partenariat avec un éleveur (i.e. par l’accueil temporaire d’animaux sur la ferme de cultures), en incluant tout type de cultures et d’élevages. J’ai développé une approche multi-niveaux, de l’agriculteur, à la ferme et au système sociotechnique, et j’ai enquêté différents acteurs. J’ai mobilisé le cadre de la traque aux innovations pour documenter la réintégration de l’élevage comme un exemple d’innovation agroécologique. J’ai inventorié et hiérarchisé les motivations des agriculteurs français à réintégrer de l’élevage. Ces motivations sont variées, les trois principales étant: suivre leurs valeurs éthiques et morales (e.g. protéger l’environnement, relever un challenge technique) ; bénéficier de services écosystémiques, en particulier promouvoir la biodiversité et la qualité des sols pour remplacer les intrants ; et améliorer et stabiliser le revenu en diminuant les coûts de production et en diversifiant les productions de la ferme. Au-delà des motivations, d’autres déterminants conditionnent la réintégration de l’élevage. Par une analyse transversale des freins et leviers sociotechniques à la réintégration de l’élevage dans trois régions du monde, j’ai montré que les principaux freins à cette réintégration sont le manque de connaissances spécifiques de tous les acteurs du système sociotechnique et la disparition des services liés à l’élevage (e.g. abattoirs) dans les territoires spécialisés en cultures. Des actions collectives sont nécessaires pour surmonter ces freins. Pour contribuer à combler ce manque de connaissances et déterminer les réels bénéfices à attendre de la réintégration de l’élevage, je me suis re-focalisée sur les fermes françaises pour caractériser les changements de pratiques liés à la réintégration de l’élevage et évaluer leurs impacts agroenvironnementaux, en accord avec les motivations des agriculteurs. La réintégration de l’élevage peut être durable, si et seulement si elle s’accompagne d’adaptations systémiques favorisant les interactions entre cultures et élevages et réduisant l’usage d’intrants. La réintégration de l’élevage étant un processus de changement, j’ai souhaité créer une typologie de trajectoires menant les agriculteurs à cette réintégration. Mon échantillon très diversifié ne m’a pas permis d’y parvenir. Cet échec m’a questionnée sur l’impact de mes choix de chercheuse sur mes résultats. J’ai partagé cette réflexion épistémologique en invitant mes collègues agronomes à réfléchir sur leurs postures et pratiques de recherche. Dans ma thèse, je propose un premier aperçu de la réintégration de l’élevage, au travers d’un panorama des déterminants menant à cette réintégration, des changements de pratiques induits et de leurs impacts. J’identifie des formes durables de réintégration de l’élevage à étudier en priorité et les conditions nécessaires pour soutenir leur développement. Je contribue à enrichir le cadre de la traque aux innovations par une analyse multi-niveaux des déterminants menant à des innovations agroécologiques et une évaluation objective de leur durabilité agroenvironnementale.