Thèse soutenue

Quand la science et la littérature s'entre-tiennent. Une étude de la procédure dialogique dans les mises en fiction des sciences de Cyrano de Bergerac à Denis Diderot

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Auteur / Autrice : Matthieu Lesueur
Direction : Jean-Noël PascalPhilippe Chométy
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Langue et littérature françaises
Date : Soutenance le 25/11/2024
Etablissement(s) : Université de Toulouse (2023-2025)
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale Arts, Lettres, Langues, Philosophie, Communication (Toulouse)
Partenaire(s) de recherche : Établissement délivrant conjointement le doctorat : Université Toulouse - Jean Jaurès (1970-....)
Laboratoire : Patrimoine, littérature, histoire (Toulouse ; 2007-....)
Jury : Président / Présidente : Anne-Lise Rey
Examinateurs / Examinatrices : Jean-Fabrice Chassot
Rapporteurs / Rapporteuses : Michèle Crogiez Labarthe, Sylvie Requemora
DOI : 10.70675/5c5b1ef9z529fz4828z930fzc127e16e3d0d

Résumé

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La fiction est-elle créatrice de savoirs ? Une mise en fiction des sciences ne fait-elle que présenter, vulgariser ou transmettre un état des connaissances ? Comment se construit une mise en fiction des sciences ? La fiction à vocation scientifique use-t-elle d’outils commun à l’écriture scientifique ? C’est à partir de ces questions que nous nous sommes penchés sur les aspects de la mise en fiction des sciences et des savoirs dans la littérature fictionnelle des XVIIe et XVIIIe siècles. Au-delà de certaines œuvres incontournables de la période sur ce thème comme Les États et Empires de la Lune et du Soleil de Cyrano de Bergerac, Entretiens sur la Pluralité des Mondes de Fontenelle, Micromégas de Voltaire ou Le rêve de d’Alembert de Diderot, notre travail s’intéresse aussi à des œuvres moins connues ou moins attendues comme Le Comte de Gabalis de l’abbé de Villars, le Voyage du monde de Descartes de Gabriel Daniel, Amilec ou la graine d’homme de Charles-François Tiphaigne de le Roche ou La vie, les aventures et le voyage de Groenland du Révérend Père Cordelier Pierre de Mésange de Simon Tyssot de Patot.Dans notre thèse nous interrogeons les mécanismes des dialogues des premières fictions à vocation scientifique. Notre objectif est de démontrer que certains auteurs, à mi-chemin entre la littérature, la philosophie et les sciences, recourent à la fiction pour faire « dialoguer » les savoirs disciplinaires, pour tester des idées inexpérimentables dans le réel, et pour faire converser les différents « mondes » dont une époque se constitue. Notre hypothèse étant que le dialogue fictionnel constitue le « lieu » privilégié de ces intentions auctoriales.Les fictions qui sont au cœur de notre étude sont celles des héritiers des premiers explorateurs de la « science classique » : sans être des scientifiques à proprement parler, ces auteurs incluent découvertes et théories de la nouvelle philosophie naturelle dans leur(s) fiction(s) et semblent participer à la construction de ce nouveau savoir. Nous questionnons, dans une première partie, le rôle joué par la mise en fiction des sciences dans la réception et la transmission des savoirs. Nous montrons ainsi que le roman, le conte ou le genre du dialogue littéraire, par leur perméabilité aux genres et aux disciplines, permet au renouveau du savoir de rencontrer un public mondain.Nous nous intéressons ensuite aux principales influences de ces œuvres qui mettent en fiction sciences et savoirs : pour le docere, l’écriture des savants (philosophes et scientifiques), et pour le delectare, les entretiens des mondains. L’idée est ici d’examiner précisément le style propre de ces deux sources (la construction des discours, les images caractéristiques et fréquentes, les traits définitoires d’une rhétorique spécifique à chacun de ces cercles d’érudition) pour dégager des points de convergence, voire des emprunts directs. Nous montrons ainsi qu’une même forme d’écriture est à l’œuvre dans la science et dans la littérature qui se construisent conjointement dans les esprits de l’époque : la variété apparente des formes que sont l’art de la conversation, le colloque et la dispute savante, le genre littéraire du dialogue, le genre philosophique du dialogue, l’écriture épistolaire constituent ainsi les différentes facettes d’un miroir où se reflète l’écriture des fictions à vocation scientifique.Nous envisageons alors dans une dernière partie le rôle des passages dialogués dans l’économie de ces fictions et étudions leur perméabilité aux usages du monde. Ceci a pour but d’attester que ces auteurs ne conçoivent pas tant leur(s) œuvre(s) comme un divertissement que comme une expérience (au double sens d’expérience philosophique et d’expérience scientifique) où l’imagination permet de s’affranchir des contraintes du réel, où la fiction permet de se prémunir de la critique et de toucher un large public, et où l’entretien dévoile la métamorphose de la philosophie naturelle en « sciences classiques ».