Développement d’une thérapie cellulaire dans le lymphome des séreuses : construction et validation d’une CAR-T cell anti-CD30
| Auteur / Autrice : | Marianne Veyri |
| Direction : | Anne-Geneviève Marcelin, Eve Todesco |
| Type : | Thèse de doctorat |
| Discipline(s) : | Microbiologie et immunologie |
| Date : | Soutenance le 29/11/2024 |
| Etablissement(s) : | Sorbonne université |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale Complexité du vivant (Paris ; 2009-....) |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Institut Pierre Louis d'épidémiologie et de santé publique (Paris ; 2014-....) |
| Jury : | Président / Présidente : Arnaud Petit |
| Examinateurs / Examinatrices : Emmanuelle Tchernonog | |
| Rapporteurs / Rapporteuses : Jérôme Larghero, Jérôme Le Goff | |
| DOI : | 10.70675/3b1a878azdc9fz47f4zae03z10412fbdc843 |
Mots clés
Résumé
L'herpèsvirus humain 8 (HHV-8), appelé également Kaposi's sarcoma-associated herpesvirus (KSHV) a été mis en évidence en 1994 dans des biopsies de sarcome de Kaposi où il est détecté dans la quasi-totalité des lésions des différentes formes de cette pathologie. Très rapidement, il a été démontré que ce virus pouvait aussi être associé à des syndromes lympho-prolifératifs très particuliers : la maladie de Castleman et le lymphome primitif des séreuses (ou Primary Effusion Lymphoma [PEL]). Ce dernier type de lymphome, rare, est décrit principalement chez des patients immunodéprimés notamment dans la population vivant avec le VIH et au stade SIDA. Sur le plan clinique, le PEL est caractérisé par des effusions lymphomateuses dans les cavités pleurales, péricardiques ou abdominales, généralement sans autre atteinte tissulaire. Sur le plan histologique, elle est classée parmi les lymphomes malins non hodgkiniens de type B. Dans 50 à 100 % de ces lésions tumorales, HHV-8 est associé au virus Epstein-Barr (EBV). Les cellules de PEL peuvent généralement exprimer le CD45 mais sont dépourvues des marqueurs immunophénotypiques B tels que le CD19 ou le CD20. Elles expriment fréquemment des marqueurs d'activation tels que le CD30 dont l'expression est restreinte dans les tissus normaux, ce qui en fait une cible thérapeutique intéressante. Le lymphome des séreuses est une maladie agressive et de mauvais pronostic. Chez les personnes vivant avec le VIH, lorsque le traitement antirétroviral n'a pas permis une restauration immunitaire (pouvant permettre une mise en rémission du lymphome des séreuses sous traitement anticancéreux), l'espérance de vie des patients atteints de ce lymphome est très courte. Le traitement standard actuel est une chimiothérapie à base de CHOP (cyclophosphamide, doxorubicine, vincristine, prednisone) avec une médiane de survie de 6 mois à partir du diagnostic. Il existe donc un réel besoin de nouvelles thérapeutiques dans cette pathologie. L'une des pistes qui a été étudiée est l'utilisation des anticorps monoclonaux anti-CD30, notamment le brentixumab vedotin avec des résultats intéressants dans des lignées cellulaires de PEL et autres tumeurs exprimant le CD30.Avec l'arrivée de nouvelles thérapeutiques cellulaires et l'approbation des cellules CAR-T (Chimeric Antigen Receptor) anti-CD19 dans d'autres hémopathies malignes et l'utilisation récente des cellules CAR-T anti-CD30 dans la maladie de Hodgkin, de nouvelles voies curatives semblent pouvoir se dessiner dans le PEL avec l'utilisation de cellules CAR-T ciblant le CD30.Dans ce contexte, les objectifs de ce travail de thèse étaient de valider un domaine CD30 à la surface des cellules de lignées cellulaires de PEL CD30+ comme cible thérapeutique puis de développer des cellules CAR-T anti-CD30 et de démontrer leur activité cytotoxique spécifique vis-à-vis de ces lignées de PEL. Nous avons démontré que l'anticorps anti-CD30 AC10 (dont nous avons ensuite utilisé les parties variables dans la construction de nos CAR) se fixait bien sur les lignées cellulaires historiquement CD30+ de PEL (BC-3 et BCBL-1) validant l'expression du marqueur CD30 à la surface de ces deux lignées. Nous avons ensuite produit deux CAR ciblant CD30, initialement avec le signal de costimulation 4-1BB puis avec le signal de costimulation CD28 (afin d'entraîner une réponse proliférative plus rapide des cellules CAR-T). Après expansion et activation, des lymphocytes T primaires ont été transduits avec des vecteurs lentiviraux afin d'obtenir des cellules CAR-T opérationnelles. L'activité cytotoxique de ces cellules CAR-T vis-à-vis de lignées cellulaires de PEL CD30+ a été vérifiée et confirmée avec une activité spécifique propre. Ces premiers résultats in vitro encourageants ouvrent la porte à un développement pré-clinique puis clinique des cellules CAR-T anti-CD30 dans le PEL.