Anatomie comparée des vaisseaux diploïques chez les hominidés : implications pour l'histoire évolutive de la circulation sanguine cranienne humaine
| Auteur / Autrice : | Jiaming Hui |
| Direction : | Antoine Balzeau, Xiujie Wu |
| Type : | Thèse de doctorat |
| Discipline(s) : | Sciences de l'évolution |
| Date : | Soutenance le 03/10/2024 |
| Etablissement(s) : | Sorbonne université |
| Ecole(s) doctorale(s) : | DIVONA (DIVersités, Origines, NAtures - ED227 MNHN-SU) (Paris ; 1995-....) |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Histoire naturelle des humanités préhistoriques (Paris ; Perpignan ; Tautavel, Pyrénées-Orientales) |
| Jury : | Président / Présidente : Jean-Jacques Hublin |
| Examinateurs / Examinatrices : Amélie Beaudet, Aurélien Mounier | |
| Rapporteurs / Rapporteuses : María Martinón-Torres, José Braga | |
| DOI : | 10.70675/dd29cab5z6b00z4446zae63zc013a726f2d3 |
Mots clés
Résumé
Les hominidés sont dotés d'un cerveau volumineux et énergivore, ce qui nécessite des réseaux vasculaires efficaces dans la tête pour assurer le soutien métabolique. Le système veineux diploïque qui traverse les os du crâne est important pour la circulation sanguine dans la tête, car il facilite les échanges sanguins entre les réseaux vasculaires extracrâniens et intracrâniens. Compte tenu de son importance physiologique, le système veineux diploïque pourrait avoir influencé l'évolution du cerveau. Cependant, son anatomie et son évolution restent méconnues chez la plupart des hominidae, rendant difficile la vérification de sa relation avec l'évolution cérébrale. De plus, les structures internes du crâne peuvent servir de signaux taxonomiques, il est donc pertinent d'estimer la signification taxonomique du système veineux diploïque en cartographiant ses caractéristiques dans chaque taxon.Cette étude a analysé les grands singes actuels, les humains modernes et les fossiles d'Homo du Pléistocène précoce, moyen et tardif. Un nouveau protocole a été développé pour identifier, reconstruire et analyser le système veineux diploïque à partir d'images Micro-CT, permettant une reconstruction non invasive des structures diploïques. Les canaux osseux diploïques ont été utilisés comme indicateurs des veines, et des analyses qualitatives ont décrit leur distribution, drainage et interactions spatiales avec les endocasts et l'épaisseur osseuse. Des méthodes quantitatives, incluant l'échelle d'intensité, l'analyse fractale et l'analyse du volume relatif, ont été employées pour évaluer leur complexité, taille et intensité générale. Cette étude présente le système veineux diploïque chez des spécimens fossiles de plusieurs espèces humaines, a découvert des structures non documentées chez les grands singes et a affiné et corrigé les descriptions classiques des humains actuels. Les résultats ont montré que le système veineux diploïque des grands singes est beaucoup moins développé que celui des hominines. Un système hautement développé n'était pas propre à Homo sapiens, mais est apparu chez les hominines dès le Pléistocène précoce et était largement partagé parmi les Homo. Les différences taxonomiques dans les modèles de drainage veineux diploïque entre hominidés apparaissent principalement dans la grande aile du sphénoïde, la région astérionnale, les sinus paranasaux et les foramina pariétaux. La taille du cerveau ne déterminait pas l'intensité du réseau veineux diploïque, car les espèces d'hominines à petit cerveau avaient aussi des réseaux veineux diploïques denses et larges, comparables à ceux des grands cerveaux. La forme du cerveau pouvait également affecter les vaisseaux diploïques, la compression des gyrus cérébraux correspondant aux zones minces du crâne, souvent contournées par les vaisseaux diploïques. Comme la forme du cerveau variait parmi les hominidés, elle contribuait aux différences taxonomiques dans la distribution des vaisseaux diploïques. De plus, les structures veineuses diploïques pouvaient faciliter les échanges thermiques, mais aucune preuve claire n'indique qu'elles jouent un rôle clé dans la thermorégulation cérébrale. Enfin, le système veineux diploïque pourrait avoir coévolué avec d'autres réseaux vasculaires et les sinus paranasaux. Ce travail est la première comparaison exhaustive des systèmes veineux diploïques chez les grands singes, les hominines fossiles et les humains actuels. Les résultats enrichissent notre connaissance du système veineux diploïque et cartographient sa trajectoire évolutive générale dans la lignée humaine. Cette étude éclaire aussi l'histoire évolutive des cerveaux humains, révélant l'interaction spatiale entre les vaisseaux, les os crâniens et les cerveaux. Le système veineux diploïque a des valeurs potentielles pour les futures discussions taxonomiques et phylogénétiques.