La diffusion de l'intelligence artificielle dans les neurosciences. Une approche multi-échelle de la généricité d'une recherche technologique
| Auteur / Autrice : | Sylvain Fontaine |
| Direction : | Michel Dubois, Floriana Gargiulo, Paola Tubaro |
| Type : | Thèse de doctorat |
| Discipline(s) : | Sociologie |
| Date : | Soutenance le 06/12/2024 |
| Etablissement(s) : | Sorbonne université |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale Concepts et langages (Paris ; 2000-....) |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Groupe d’Études des Méthodes de l’Analyse Sociologique de la Sorbonne (Paris ; 1998-....) |
| Jury : | Président / Présidente : Gianluca Manzo |
| Examinateurs / Examinatrices : Stefano Bianchini, Laura Hernández, Cassidy R. Sugimoto | |
| Rapporteurs / Rapporteuses : Camille Roth, Béatrice Milard | |
| DOI : | 10.70675/97af6b47z72c7z477azba31z98a1c6435222 |
Mots clés
Résumé
Depuis la dernière décennie, l'intelligence artificielle (IA) se révèle être un outil de choix dans la recherche scientifique, comme en témoigne son utilisation toujours plus accrue dans presque toutes les disciplines.Cette dernière suscite de nombreuses réflexions et critiques, notamment sur sa capacité à supplanter d'autres outils traditionnellement mobilisés dans ces disciplines et à créer de nouvelles connaissances capables de révolutionner des paradigmes théoriques déjà bien établis.Dans ce contexte, cette thèse s'intéresse à l'impact épistémique de l'IA dans la recherche scientifique, et plus particulièrement dans un domaine multi-disciplinaire, les neurosciences.A travers l'identification et l'explication des mécanismes d'intégration et de diffusion de l'IA au sein de ces dernières, cette thèse vise notamment à établir dans quelle mesure elle devient omniprésente (ou non) dans la production des savoirs propres à ce domaine de recherche.S'appuyant sur une méthode multi-échelle, cette thèse se divise en deux temps.Premièrement, au moyen d'une analyse numérique de données bibliométriques représentant la littérature neuroscientifique entre 1970 et 2020, nous montrons que l'IA s'applique bel et bien à un vaste ensemble de thématiques portées par les neurosciences entre 1970 et 2020 (généricité en application), mais peine à s'articuler avec les cadres théoriques majeurs de ces dernières (généricité en conceptualisation), ne lui permettant donc pas de bousculer des paradigmes entiers.L'étude de ce corpus révèle également que quelques scientifiques bien particuliers recourent à l'IA dans leurs écrits : formés et évoluant au sein des mathématiques, de l'informatique ou de divers pans de l'ingénierie, ces derniers publient majoritairement ensemble et peu aux côtés de neuroscientifiques plutôt impliqués dans la recherche médicale et constituant pourtant le cœur des professionnels recensés dans notre base de données.Deuxièmement, en mobilisant des données d'entretiens semi-directifs réalisés en 2021 auprès de membres d'une équipe de recherche clinique spécialisée dans la neuro-imagerie et les neurosciences computationnelles, nous montrons une réalité du travail interdisciplinaire de construction de l'IA par divers acteurs des recherches informatique et médicale, et ce à travers deux éléments.D'abord, les spécialistes de l'IA, premiers diffuseurs de cet instrument de recherche, doivent se conformer aux attendus des professionnels de santé et ainsi transformer leurs pratiques de recherche qu'ils ont pu acquérir dans le passé avant de rentrer dans l'équipe.Ensuite, l'IA se retrouve progressivement adoptée par l'ensemble des informaticiens et cliniciens affiliés à cette dernière, car elle participe à l'accroissement de la visibilité des recherches produites auprès d'autres scientifiques et institutions représentant les mondes académique et industriel, et ce malgré des performances encore limitées ou similaires à des outils déjà utilisés pour les tâches scientifiques à accomplir dans l'équipe.Ces deux approches qualitatives et quantitatives montrent finalement que l'IA est loin de remplacer l'ensemble des outils de recherche utilisés par les neurosciences, en raison de sa généricité encore limitée.