Production et circulation des grandes lames en Europe au Chalcolithique ancien (fin Vème - début IVème millénaires) : impact de la minière à silex de Spiennes (Belgique) dans l'organisation sociale et territoriale dans le nord de la France et la Belgique
| Auteur / Autrice : | Thomas Guichet-Roels |
| Direction : | Françoise Bostyn |
| Type : | Thèse de doctorat |
| Discipline(s) : | Archéologie. Ethnologie. Préhistoire |
| Date : | Soutenance le 16/12/2024 |
| Etablissement(s) : | Paris 1 |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale Archéologie (Paris ; 1990-....) |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Trajectoires - De la sédentarisation à l’État (Paris ; 2012-....) |
| Jury : | Examinateurs / Examinatrices : Françoise Bostyn, Thomas Perrin, Jean-Philippe Collin, Hélène Collet, Laurence Manolakakis, Matthieu Honegger |
| Rapporteurs / Rapporteuses : Xavier Terradas Batlle, Bart Vanmontfort | |
| DOI : | 10.70675/ed78d2e8z7448z4b5ezb891z9034170e5a9d |
Résumé
Le Ve millénaire est une période d'importants changements au sein des sociétés néolithiques. On parle, à l'échelle européenne, de Chalcolithique pour décrire ce phénomène. Les minières de Spiennes (Hainaut, Belgique) forment un site d'extraction du silex, actif de la fin du Ve millénaire au milieu du IIIe millénaire. Le début de cette activité correspond au début de la culture de Michelsberg dans ces régions. La complexe architecture souterraine du site et les productions en silex découvertes dans les ateliers témoignent de hauts niveaux de connaissances techniques et de savoir-faire. À l'instar des autres sites miniers contemporains, les minières de Spiennes reflètent la spécialisation croissante des groupes et des individus au cours du Néolithique mais s'en distinguent par l'exceptionnalité de leurs productions laminaires. Ces objets ont été réalisés à l'aide de techniques complexes - telle que la pression au levier - et ont circulé vers les sites d'habitats de la Belgique et du nord de la France. En étudiant ces lames, nous souhaitions questionner l'univers technique et le contexte social dans lesquels elles s'inscrivent. Le mobilier des ateliers de production de Spiennes, constitué de nucléus et de lames, démontre l'existence d'une chaîne opératoire assez standardisée. Malgré l'existence de variantes, elle repose sur la mise en forme du bloc par trois crêtes et sur son exploitation frontale. Les lames recherchées mesurent entre 130 et 250 mm. Ce sont des produits réguliers à la section trapézoïdale. Le site d'habitat le plus proche, l'enceinte du Versant de la Wampe, se situe à quelques centaines de mètres des ateliers. Les nucléus et lames découverts dans les fossés sont très proches des artefacts des ateliers. Les outils sur lame sont peu nombreux ce qui impliquerait une production tournée vers les sites extérieurs. La présence de nucléus à éclats permette également de documenter des productions plus expéditives, se distinguant fort des concepts mobilisés pour la production laminaire. Dans les sites de la culture de Michelsberg, comme les enceintes de Thieusies ou de Mairy, les lames en silex de Spiennes occupent une place prépondérante dans l'outillage. Au sein des corpus laminaires de ces sites , le silex de Spienne est très majoritaire, de l'ordre de 30% à 90%. Elles sont utilisées entières et abondamment retouchées. Ces sites livrent également de nombreux éclats et haches polies dans la même matière première. Cette importance des productions de Spiennes se retrouve dans les autres sites contemporains du Hainaut et du Brabant, dont l'accès à des ressources locales est limité. Au sein des cultures voisines, comme celle du groupe de Spiere, on retrouve une même variabilité de produits - la triade lames, éclats, haches - mais dans des proportions bien moindres. Dans les Flandres et la vallée de l'Escaut, rares sont les sites où le silex de Spiennes représente plus de 10% du corpus lithique total. Avec la distance, la sélection des produits se restreint, si bien qu'on observe uniquement la présence de lames dans les sites chasséens et Michelsberg des vallées de l'Oise ou de l'Aisne. Les productions laminaires locales relèvent de savoir-faire plus simples et répandus qu'à Spiennes. Des convergences techniques seraient possibles avec la vallée de l'Aisne mais ces productions sont encore trop mal documentées. En revanche de forts liens semblent unir Spiennes et les minières d'Orp et de Rijckholt. En Belgique, les lames de Spiennes répondent à un besoin en outils allongés et jouent donc un rôle économique indéniable. Il est plus difficile de statuer sur une éventuelle valeur symbolique. En revanche, elles pourraient acquérir un tel statut avec l'éloignement. En recherchant d'éléments de comparaison extra-régionaux, nous pensons avoir démontré que les débitages de Spiennes présentent des affinités avec les autres productions de grandes lames en Europe et en particulier avec les sites polonais.