Thèse soutenue

Décentraliser la production d'énergie : trois essais sur les politiques publiques pour la transition énergétique

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Auteur / Autrice : Nicolas Hatem
Direction : Carine Staropoli
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Sciences économiques
Date : Soutenance le 17/12/2024
Etablissement(s) : Paris 1
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale d'Économie (Paris ; 2004-....)
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Paris-Jourdan Sciences Économiques (2005-....)
Jury : Président / Présidente : Philippe Gagnepain
Examinateurs / Examinatrices : Carine Staropoli, Olivier Massol, Louis-Gaëtan Giraudet, Raja Chakir, Leonardo Meeus, Guillaume Arbod
Rapporteurs / Rapporteuses : Olivier Massol, Louis-Gaëtan Giraudet

Résumé

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Réduire l’intensité carbone de la production d’énergie nécessite la décentralisation des infrastructures énergétiques. La plupart des technologies disponibles pour produire de l’énergie bas-carbone sont de petite tailles, distribuées géographiquement et impliquent la décision d’acteurs locaux. Les coûts et les bénéfices de ces technologies restent mal documentés et varient fortement selon leur nature et le contexte de leur développement. Des travaux de recherche sont donc nécessaires pour, d’une part, mieux identifier ces coûts nets et, d’autre part, étudier les conditions d’efficacité des instruments de politiques publiques utilisés pour faciliter leur développement. Cette thèse y contribue avec trois études. Le premier chapitre compare l’efficacité d’investissements dans un réseau de chaleur urbain et dans la rénovation thermique des bâtiments du point de vue d’une ville (Bristol, Royaume-Uni) et dans un contexte de hausse des prix de l’énergie. Le choc sur les prix de l’énergie après l’invasion de la Russie en Ukraine (Février, 2022) a des conséquences importantes sur les coûts d’abattement des deux mesures. De nombreuses villes ont intégré ces investissements dans leurs plans d’action climat, nécessitant des évaluations économiques robustes pour optimiser leurs choix. Dans mon étude de cas, l’adoption de trajectoires de prix alignées avec le choc sur les prix de l’énergie dans une évaluation économique ex-ante peut inverser la séquence optimale d’implémentation des mesures envisagées par la ville, donnant priorité aux investissements dans le réseau de chaleur urbain pour la valeur assurantielle qu’il fournit aux usagers. Le deuxième chapitre quantifie la mauvaise allocation dynamique des investissements dans l’énergie solaire photovoltaïque. La littérature a étudié de façon extensive la variation spatiale des bénéfices de l’énergie solaire. Cependant, il existe aussi une variation importante des coûts entre les unités de production solaire, due à des économies d’échelles et à la diversité des configurations des installations. Cette hétérogénéité est d’autant plus importante lorsque l’on considère les variations des coûts dans le temps au sein et entre différents types d’installations. En outre, les politiques de soutien (obligations d’achat, enchères) ne prennent pas toujours en compte ces différences. Nous proposons une méthodologie pour estimer une borne inférieure de la mauvaise allocation dynamique des investissements dans le solaire. Nous comparons une séquence réalisée des investissements avec une séquence contrefactuelle qui reproduit la même trajectoire d’énergie solaire produite chaque année mais qui minimise les coûts totaux pour réaliser cette dernière. Nous appliquons cette méthodologie au cas de la France sur la période 2005—2021 et trouvons que la trajectoire réalisée fut éloignée de sa frontière coût-efficace. Le troisième étudie le fonctionnement du « mille-feuille » administratif français pour autoriser l’implantation de centrales solaires au sol. Le déploiement spatial du solaire suit un régime régulatoire spécifique. Les zonages des documents d’urbanisme au niveau local sont utilisés pour définir au niveau national les conditions d’éligibilité d’un terrain pour une installation solaire. Cependant, la diversité des cadres régulatoires pour l’aménagement du territoire -- établis au niveau communal ou inter-communal -- créent des décalages entre les juridictions dans l'application de la régulation nationale. J’étudie comment cette articulation impacte la quantité de terres allouées aux centrales solaires. Je trouve que les documents d’urbanisme avec plus de catégories de zonages permettent un meilleur ciblage des terres disponibles pour le solaire. Je trouve aussi que les documents d’urbanisme mis à jour récemment et intégrés au niveau de l’intercommunalité entravent l’allocation des terres au solaire car ils doivent intégrer d’autres objectifs, notamment sur l’artificialisation des terres.