« La réforme de l'éducation à l’ère néolibérale : une sociologie de la controverse sur de la fin de la gratuité de l’enseignement supérieur au Maroc »
| Auteur / Autrice : | Wiame Idrissi Alami |
| Direction : | Jean-Noël Ferrié |
| Type : | Thèse de doctorat |
| Discipline(s) : | Sciences politiques |
| Date : | Soutenance le 04/09/2024 |
| Etablissement(s) : | Université Grenoble Alpes |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale sciences de l'homme, du politique et du territoire (Grenoble ; 2001-....) |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Pacte, laboratoire de sciences sociales (Grenoble, Isère, France ; 2003-....) |
| Jury : | Président / Présidente : Olivier Ihl |
| Examinateurs / Examinatrices : Zineb Omary, Saloua Zerhouni, Patrick Hassenteufel | |
| Rapporteurs / Rapporteuses : Philippe Zittoun, Assia Boutaleb |
Résumé
La relance de la controverse sur la fin de la gratuité de l'enseignement public secondaire et supérieur au Maroc, et les vives réactions provoquées par le projet de loi-cadre de l’éducation qui prévoit l’introduction du paiement des ménages, nous interrogent sur les enjeux politiques et sociaux de la gouvernance et du financement des politiques éducatives au Maroc. Cette controverse est d’autant plus vive que la réforme éducative entamée depuis plus de deux décennies peine à atteindre ses objectifs en termes de qualité et d’efficience. En parallèle, l’Etat encourage la privatisation de l’enseignement et se saisit de la réforme comme opportunité pour l’introduction de mécanismes de marché, tels que le paiement, afin de faire face aux défis posés par la massification de l’enseignement. La question centrale de cette thèse est alors de comprendre les raisons de la persistance de cette controverse, ainsi que les déterminants de la non décision et des renoncements successifs, et ce malgré la volonté politique constante d’introduire le paiement depuis les années 1990. Afin d'y répondre, on s’intéressera à l’analyse des idées des acteurs et des arguments déployés par les deux coalitions de cause concurrentes dans le but de promouvoir leur solution en mobilisant différents récits de cadrage et d’interprétation causale du problème de la crise éducative. Celle-ci est tantôt présentée comme un problème de financement, tantôt comme un problème d’efficience et de gouvernance. Nous montrerons qu’une partie des acteurs, notamment les décideurs, hauts fonctionnaires, et autres managers de l’enseignement supérieur, s’inscrit de plus en plus dans un référentiel international de marché et dans un paradigme de nouvelle gestion publique qui devient dominant dans les institutions à l’origine de l’élaboration des politiques éducatives. Ces élites dirigeantes se réapproprient à la fois les recommandations des organisations internationales et participent simultanément à construire un cadre normatif et cognitif propice à la marchandisation de l’éducation. Toutefois, ils continuent à se heurter aux résistances de la coalition adverse. En interrogeant les différentes parties prenantes, cette thèse qui a pour objet le suivi de carrière d’une proposition de politique publique, cherche à comprendre comment s’effectue la diffusion des idées associées au tournant néo-libéral dans le secteur éducatif et comment se négocie la décision politique dans le contexte d’un régime politique hybride et d’un pays en développement sous pression.