Thèse soutenue

Construire l'habitabilité des territoires post-miniers cévenols, entre visibilisation et invisibilisation des perturbations post-minières

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Auteur / Autrice : Tessa Bonincontro
Direction : Pierre-Michel RiccioSylvia Becerra
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Geographie
Date : Soutenance le 17/12/2024
Etablissement(s) : IMT Mines Alès
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale Risques et Société (Nîmes ; 2015-....)
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Laboratoire des Sciences des Risques - Laboratoire des Sciences des Risques / LSR
Jury : Président / Présidente : Christelle Gramaglia
Examinateurs / Examinatrices : Pierre-Michel Riccio, Sylvia Becerra, Lise Vieira, Philippe Brunet, Sébastien Chailleux, Juliette Cerceau, Florian Tena-Chollet
Rapporteurs / Rapporteuses : Christelle Gramaglia, Lise Vieira

Mots clés

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Résumé

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Certains accidents miniers et post-miniers sont marquants par leur ampleur. En France, les effondrements du bassin lorrain dans les années 2000 ont marqué les esprits. Toutefois, des risques plus discrets, comme les pollutions, affectent les territoires post-miniers au quotidien. Dans les Cévennes en particulier, où l'héritage minier houiller et polymétallique laisse des impacts économiques, sociaux, sanitaires et environnementaux persistants, les conséquences locales sont encore vives.Un tel contexte questionne l'habitabilité des territoires post-miniers en Cévennes, que nous avons choisi de traiter en questionnant les savoirs et ignorances (volontaires ou non) relatifs aux perturbations post-minières :Comment les processus d'(in)visibilisation des perturbations liées à l'après-mine participent-ils à l'habitabilité des territoires post-miniers en Cévennes ?Une variété de méthodologies a été nécessaire pour aborder les nuances de ces habitabilités : revue de littérature scientifique et médiatique sur les territoires étudiés, entretien semi-directifs et diverses observations de terrain, ainsi qu'un projet de recherche-création nous ont permis d'enquêter à l'échelle territoriale et à l'échelle intime.Ce travail en sociologie de l'environnement que la définition de l'habitabilité d'un territoire post-minier est plurielle et construite. Elle se fonde notamment sur la présence et l'ampleur des perturbations post-minières, mais aussi sur les connaissances et savoirs que les acteurs en ont, les adaptations (collectives et personnelles) mises en place et le rapport intime aux perturbations de chaque habitant. En d'autres termes, l'habitabilité est à la fois vécue (au sens de matérielle) et perçue (au sens d'idéel, symbolique).Nous montrons notamment que l'invisibilité des perturbations post-minières nuit à l'habitabilité vécue du territoire post-minier ; que l'invisibilisation des perturbations environnementales dans les paysages, et donc des risques sanitaires induits, augmente l'habitabilité perçue ; que les relations interpersonnelles, notamment entre experts et profanes, ont un rôle décisif sur l'habitabilité d'un territoire post-minier.Cette recherche nous permet de préciser la notion de « vivre avec » l'après-mine et ses perturbations. Il s'agit à la fois de petits arrangements, de bricolages du quotidien, mais aussi « d'alchimie pragmatique » (transformer les risques liés aux métaux en opportunités) créatrice d'une ignorance d'abord salutaire (parfois volontaire) de l'environnement toxique. Nous montrons en effet que la prise en charge des restes miniers, la familiarité des habitants avec la pollution, leur refus de vivre dans l'angoisse et les efforts de reconversion du territoire sont autant de paramètres participant à l'invisibilisation progressive des pollutions post-minières. En résulte une augmentation de l'habitabilité perçue au fil du temps mais aussi, de manière paradoxale, l'émergence de nouveaux risques liés à l'oubli des restes miniers.Ces résultats sur l'habitabilité actuelle des territoires après-mine dessinent la trajectoire d'un « habiter » au conditionnel, dépendant de la capacité des acteurs à produire un récit sur un futur désirable à partir de la mémoire passée et de la reconnaissance des dynamiques présentes, de transmission de connaissances ou d'ignorance, mais aussi de souffrance et de justice socio-environnementale.