Thèse soutenue

La non-émergence économique de l'Algérie (2000-2023). Les blocages de l'accumulation capitaliste sous l'angle des rapports entre élites économiques et élites politiques

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Auteur / Autrice : Faouzi El Mestari
Direction : Antoine RogerMyriam Aït-Aoudia
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Science politique mention Économie politique
Date : Soutenance le 25/11/2024
Etablissement(s) : Bordeaux
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale Sociétés, politique, santé publique (Talence, Gironde ; 2011-....)
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Centre Émile Durkheim - Science politique et sociologie comparatives (Pessac, Gironde)
Jury : Président / Présidente : Andy Smith
Examinateurs / Examinatrices : Laurence Louër
Rapporteurs / Rapporteuses : Mylène Gaulard, Luis Martinez

Résumé

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Dans le cadre de la présente recherche, nous proposons d’expliciter les facteurs sociopolitiques qui font obstacle à l’émergence économique de l’Algérie au cours de la période récente et ce, malgré les velléités développementalistes du pouvoir politique. Notre thèse met en lumière les tensions et contradictions dans lesquelles se débat le pouvoir politique depuis la fin de la guerre civile (fin des années 1990) avec d’un côté le déploiement de politiques publiques en vue de la transition vers une économie productive et de l’autre le maintien de structures institutionnelles et d’orientations économiques qui entravent l’essor de la classe des industriels. Le régime algérien semble animé par la tendance profonde et contradictoire de rechercher un développement économique sans créer les conditions de l’essor du secteur privé, en somme de vouloir édifier un capitalisme dynamique sans la formation d’une puissante classe capitaliste. Si les théories de l'économie politique sont précieuses pour saisir certains ressorts de l'émergence ou de la non-émergence économique dans les pays du Sud, cette recherche défend l'hypothèse que les déterminants essentiels de la réussite ou de l’échec de l’industrialisation tardive se situent dans le champ sociopolitique, plus précisément dans la configuration des rapports entre la classe dirigeante et les classes possédantes. Notre objet de recherche – les rapports de l’Etat au patronat – est traité au moyen d’une méthodologie qualitative : une soixantaine d’entretiens avec des patrons (dirigeants de grands groupes et patrons de PME), des dirigeants d’entreprise publique ainsi que des directeurs d’administration ; collecte d’un ensemble de données issues de l’exploitation d’articles de presse, de textes juridiques et de statistiques produites par les grandes institutions internationales Il ressort ainsi du croisement de nos analyses théoriques et de notre enquête empirique que les conditions sociopolitiques qui ont assuré les succès industriels du Sud, à savoir des rapports de collaboration si ce n’est d’intégration entre les sphères dirigeantes et les milieux industriels, ne sont pas réunies dans le cas algérien. Jusqu’à présent, l’Algérie n’a affiché aucun signe probant de cristallisation d’une telle alliance développementale au sein de la coalition au pouvoir. Bien au contraire, des intérêts économiques et politiques difficilement conciliables entre les factions au pouvoir et les patrons, qui parfois peuvent se muer en antagonisme, dessinent sur le long terme une tendance structurelle à la segmentation de ces deux types d’élite. Ce processus de fracturation inter-élitaire entrave l’accumulation capitaliste, enferme le pays dans le cercle de la stationnarité économique et surtout obère les chances futures d’un développement de type asiatique, c’est-à-dire d’une industrialisation impulsée par le haut, par l’Etat. Se manifeste pourtant une dynamique d'émergence par le bas de la société à l’œuvre dans les secteurs productifs de l’économie et poussant à des transformations à bas bruit des structures économiques et sociales. Mais, comme les institutions politiques et administratives entravent l’essor des forces sociales de changement, l’Algérie se trouve à n’en pas douter dans une conjoncture historique dont l’issue politique demeure largement incertaine : soit une reproduction des rapports sociaux, politiques, institutionnels existants et la perpétuation du marasme économique, soit une organisation et une mobilisation populaires qui forcent la coalition dominante à un réel projet développementaliste.