Marguerite Yourcenar et les défis de l'écriture de l'Histoire
| Auteur / Autrice : | Inmo Koo |
| Direction : | Éric Benoit |
| Type : | Thèse de doctorat |
| Discipline(s) : | Littératures française, francophone et comparée |
| Date : | Soutenance le 12/07/2024 |
| Etablissement(s) : | Bordeaux 3 |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale Montaigne-Humanités (Pessac, Gironde ; 2007-....) |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Plurielles (Pessac, Gironde ; 2022-....) |
| Jury : | Président / Présidente : Béatrice Bloch |
| Examinateurs / Examinatrices : Anne Cousseau, Bruno Blanckeman, Michel Braud | |
| Rapporteurs / Rapporteuses : Béatrice Bloch, Anne Cousseau |
Résumé
Notre recherche vise à établir la valeur originale du roman historique de l’écrivaine française Marguerite Yourcenar. Par rapport à l’écriture scientifique ou romanesque du passé, la singularité de la reconstitution littéraire du passé envisagée par l’écrivaine se trouve dans le fait qu’elle est construite autour d’un projet, celui de reconstituer et représenter la subjectivité des êtres humains du passé.En tant que sujet de l’histoire, la subjectivité se trouve dans une condition particulière. En tant que phénomène mental, elle est rarement transmise par la source historique. Par conséquent, sa représentation n’est pas possible sans capacité sympathique de l’observateur de se déplacer dans l’esprit d’autrui. Dans ce contexte, la subjectivité des êtres humains du passé se donne comme une vérité historique bien particulière, qui a certainement existé mais qui est impossible à établir de manière factuelle. Dans l’écriture de l’histoire, la nature mi-réelle et mi-imaginaire de la subjectivité a entraîné une négligence répandue par rapport à l’exploration du paysage mental. La singularité et la multidimensionnalité de l’existence humaine sont réduites à un élément de raisonnement de l’historien, ou négligées tout simplement, considérées comme inaccessibles et ainsi sans intérêt historique.Face à l’effacement du paysage mental dans l’écriture de l’histoire, Marguerite Yourcenar conçoit une histoire qui n’hésite pas à s’aventurer dans l’exploration de la subjectivité. Ce faisant, l’écriture yourcenarienne de l’histoire fait éclater l’apparence lisse de notre histoire, qui n’assume pas son incomplétude. En déplaçant la focalisation de l’écriture de l’histoire vers la reconstitution de la réalité subjective vécue par les êtres humains du passé, l’écrivaine attribue deux fonctions introspectives à son histoire. D’une part, en reconnaissant le paysage mental comme sujet légitime de l’histoire, elle met en lumière un aspect du passé longuement méprisé. D’autre part, l’écrivaine veille à ce que sa reconstitution de la subjectivité reflète, d’une manière visible dans le texte, les lacunes inévitables dans notre connaissance historique. En assumant ouvertement la nature fragmentaire de sa reconstitution du passé, Marguerite Yourcenar restaure la capacité de l’histoire à témoigner et à rappeler sa propre incomplétude. Grâce à cette double fonction, son roman historique ouvre la voie vers une histoire consciente de sa limite et ainsi capable de se réinventer.