Thèse soutenue

Du raisonnement biaisé au raisonnement intuitif logique : améliorer la qualité des intuitions à l'aide de courts entraînements

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Auteur / Autrice : Esther Boissin
Direction : Wim De NeysSerge Caparos
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Psychologie
Date : Soutenance le 22/05/2023
Etablissement(s) : Université Paris Cité
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale Cognition, comportements, conduites humaines (Boulogne-Billancourt, Hauts-de-Seine ; 1996-....)
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Laboratoire de psychologie du développement et de l'éducation de l'enfant (1983-... ; Paris)
Jury : Président / Présidente : Emmanuel Sander
Examinateurs / Examinatrices : Wim De Neys, Serge Caparos, Emmanuel Sander, Hugo Mercier, Eva Van den Bussche, Zoe Purcell
Rapporteurs / Rapporteuses : Emmanuel Sander, Hugo Mercier

Résumé

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La capacité de raisonnement de l'être humain est remarquable. Pourtant, les gens prennent souvent des décisions basées sur des considérations rapides et intuitives, plutôt que sur des principes logico-mathématiques. Bien que la pensée intuitive puisse être utile parce qu'elle opère rapidement et sans effort, elle peut aussi générer des solutions erronées. Des études récentes ont permis d'améliorer les performances des raisonneurs. Ces études ont montré qu'une brève explication sur le biais intuitif et la stratégie de solution appropriée aide souvent les raisonneurs à produire une réponse correcte. Mais la nature de l'effet de l'intervention n'est pas claire. L'entraînement aide-t-il les participants à corriger leurs intuitions erronées par la délibération ou à développer des intuitions plus correctes ? Cette thèse vise à tester l'hypothèse du « trained intuitor » à travers six chapitres. Les deux premiers chapitres ont utilisé un paradigme à deux réponses pour déterminer si les entraînements affectaient principalement les réponses intuitives ou délibérées. Dans ce paradigme, les participants donnaient d'abord une réponse intuitive initiale, sous pression temporelle et charge cognitive, puis une réponse finale sans restriction. Les résultats ont montré que l'entraînement favorisait les performances intuitives dans des tâches de raisonnement classiquement étudiées. Les chapitres 3 et 4 ont testé les mécanismes impliqués dans l'effet de débiaisage en explorant l'impact des connaissances logiques déjà acquises. Le chapitre 3 montre que le bénéfice sur les réponses intuitives différent selon l'âge : les adolescents plus avancés dans le cursus scolaire (1ère et Tle), et qui ont plus de connaissances logiques comparé à de jeunes adolescents (6ème et 5ème), se sont plus améliorés. Cela indique que les connaissances logiques déjà acquises jouent un rôle important dans le succès de l'entraînement intuitif. Dans le chapitre 4, l'entraînement a été utilisé avec des participants issus d'une société éloignée, non occidentale et non industrialisée, les Himbas de Namibie. Les facteurs susceptibles de moduler l'effet de l'entraînement, comme le fait que les participants soient scolarisés ou vivent dans un environnement urbain, ont également été examinés. Bien que même les Himbas ruraux non scolarisés aient bénéficié de l'entraînement, l'étude a également mis en évidence l'importance de l'éducation, qu'elle soit formelle (c'est-à-dire la scolarisation) ou informelle (c'est-à-dire le cadre de vie) dans le succès de l'entraînement. Les deux derniers chapitres ont exploré les conditions limites du débiaisage intuitif. Le chapitre 5 a tenté de débiaiser les raisonneurs à propos de problèmes non-numériques : les syllogismes. Bien que les performances d'une minorité de raisonneurs aient été améliorées, les raisonneurs qui restaient biaisés ont montré des performances plus faibles après l'entraînement. Par conséquent, notre entraînement peut nécessiter des améliorations afin de remédier au biais de croyance dans le raisonnement syllogistique. Enfin, le chapitre 6 a cherché à déterminer si la compréhension de la solution, ou insight, durant les explications, nécessite l'engagement de la délibération, ou si elle peut également émerger de manière intuitive. Ainsi, on a empêché les raisonneurs de délibérer pendant l'entraînement avec des limites de temps strictes et/ou une charge cognitive supplémentaire. Les résultats ont montré que plus la délibération était restreinte, moins les participants en bénéficiaient. Cependant, même les participants qui ont réalisé l'entraînement sous contrainte en ont bénéficié, ce qui indique que la délibération n'est pas toujours indispensable pour que les gens comprennent la logique du problème. Finalement, dans le chapitre de conclusion, les implications théoriques et appliquées concernant l'entraînement intuitif sont discutées.