Pratiques d’alimentation des femmes en âge de procréer et des jeunes enfants en milieu urbain au Sahel et analyse des effets d’une stratégie commerciale de promotion de produits fortifiés en micronutriments sur l’adéquation des apports nutritionnels chez les populations cibles
| Auteur / Autrice : | Stéphanie Zoungrana |
| Direction : | Claire Mouquet-Rivier, Yves Martin-Prével |
| Type : | Thèse de doctorat |
| Discipline(s) : | Sciences des aliments et nutrition |
| Date : | Soutenance le 08/12/2023 |
| Etablissement(s) : | Université de Montpellier (2022-....) |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École Doctorale GAIA Biodiversité, agriculture, alimentation, environnement, terre, eau (Montpellier ; 2015-...) |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Qualisud (Montpellier) |
| Jury : | Président / Présidente : Jean-François Huneau |
| Examinateurs / Examinatrices : Mathilde Savy, Elodie Becquey, Jérome Some | |
| Rapporteurs / Rapporteuses : Jean-François Huneau, Lieven Huybregts | |
| DOI : | 10.70675/8869e3c3z1881z47a9z9f6bz7643ca0c868b |
Résumé
Au Burkina Faso et au Niger, la sous-nutrition et les carences en micronutriments chez les jeunes enfants (6-23 mois) et les femmes en âge de procréer (FAP) restent des problèmes de santé publique avec des risques accrus de morbidité et de mortalité. La fortification des aliments avec des micronutriments est une des stratégies mises en œuvre pour prévenir et lutter contre ces malnutritions. Dans ces deux pays, des programmes de fortification de masse (FM) de la farine et de l’huile existent. Parallèlement des produits fortifiés volontairement par les entreprises, telles que des farines infantiles (FIF) sont commercialisés, mais sont importés et chers, ou produits localement mais méconnus de la population. Les produits fortifiés spécifiquement destinés aux FAP sont quasiment inexistants. Le projet MERIEM visait (i) l’appui à la production locale et la commercialisation de produits sains fortifiés et (ii) la réalisation d’activités de sensibilisation innovantes dans les capitales du Burkina Faso, du Mali et du Niger. L’objectif de cette thèse était d’évaluer la satisfaction des besoins nutritionnels à partir de l’alimentation et les effets des différents programmes de fortification en s’appuyant sur la réalisation d’enquêtes transversales avant (T0) et après (T1) la mise en œuvre des activités du projet. Des enquêtes ont ainsi été réalisées à T0 à Ouagadougou et à Niamey sur respectivement 805 et 470 JE et 1004 et 711 FAP. Elles ont été reprises à T1 chez 297 JE et 609 FAP à Ouagadougou incluant la mesure de la consommation alimentaire par rappel de 24h quantitatif, utilisant la méthodologie INDDEX24. Les analyses statistiques ont permis de calculer les scores de diversité alimentaire, les apports nutritionnels habituels médians, et les prévalences d’inadéquation (PI) des apports pour 10 micronutriments. La satisfaction des besoins en micronutriments a été comparée chez les FAP et les JE avec et sans les apports des FM et avec substitution de produits équivalents par les produits fortifiés MERIEM (pain et FIF). En outre, pour les JE, deux groupes, consommateurs de FIF et non-consommateurs ont été comparés.L’analyse des pratiques d’alimentation a révélé une diversité alimentaire faible dans les deux villes et chez les deux populations cibles, caractérisée par une faible consommation de produits laitiers, de légumineuses et d’œufs. Plus de la moitié des enfants et des femmes n’avaient pas la diversité alimentaire minimum requise et étaient donc à risque de carences. Les FIF étaient consommées par moins de 25% des enfants et leur consommation diminuait significativement avec l’âge et augmentait dans les quintiles de richesse les plus aisés (p<0,05). À Ouagadougou, les PI des apports nutritionnels des enfants étaient plus élevés pour les vitamines D, B1, B9, et le fer (0,4 -0,9), et plus élevées chez les non-consommateurs. La FM a eu le plus grand effet sur les PI des apports en zinc, vitamines A et B9 (environ de 10%). Lors de la substitution avec les FIF Meriem, les PI devenaient <0,2 pour la vitamine B9 et le fer, et quasi nulles pour la majorité des autres nutriments. Chez les FAP, les PI pour le fer, le calcium, les vitamines B1, B9 et D étaient les plus élevées dépassant 50%. La FM réduit les PI de 13 à 38% pour les vitamines B12, A et B9. Le remplacement du pain ordinaire par du pain fortifié réduit les PI d’environ 20% pour la vitamine D et le calcium.Nos résultats mettent en exergue les limites du régime alimentaire, l’importance et les limites des programmes de FM existants. Les produits Meriem contribuent significativement à la couverture des besoins nutritionnels, même lorsqu'ils remplacent d'autres produits fortifiés importés. Ces résultats suggèrent la nécessité de revoir les niveaux de fortification des programmes actuels et d'assister les entreprises à la formulation de compléments minéraux et vitaminiques mieux adaptés pour des couvertures plus équilibrées des besoins nutritionnels.