Thèse soutenue

Façonner le local et le mondial : ethnographie du processus d'inscription des beffrois sur la Liste du patrimoine mondial de l'UNESCO

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Auteur / Autrice : Marie-Lavande Soleille Laidebeur
Direction : Jean-Louis Tornatore
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Anthropologie
Date : Soutenance le 17/05/2023
Etablissement(s) : Bourgogne Franche-Comté
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale Sociétés, Espaces, Pratiques, Temps (Dijon ; Besançon ; 2017-....)
Partenaire(s) de recherche : établissement de préparation : Université de Bourgogne (1970-2024)
Laboratoire : Laboratoire Interdisciplinaire de Recherches « Sociétés, Sensibilités, Soin » (Dijon)
Jury : Président / Présidente : Frédéric Poulard
Examinateurs / Examinatrices : Jean-Louis Tornatore, Anne Raulin, Nicolas Adell, Vincent Veschambre, Véronique Dassié
Rapporteurs / Rapporteuses : Anne Raulin, Nicolas Adell
DOI : 10.70675/d6988de9ze3a1z47b9zad6fz1b71ae8782b8

Résumé

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Ce voyage anthropologique, au plus près de l'inscription des beffrois sur la Liste du patrimoine mondial de l'UNESCO, s'attache à décrire comment les acteurs locaux s'emparent d'une catégorie patrimoniale et la confrontent aux réalités locales, aux institutions nationales et aux organismes internationaux. A travers les actions de justification et de mise en conformité d'une valeur qualifiée d'universelle, s'élabore un processus de « tissage/maillage » (Ingold), de « traduction » (Latour) qui redéfinit les sites, les territoires et les manières de faire. Le patrimoine mondial, étudié à partir de 2003, est un concept mouvant, symbolique, performatif et problématique. Le local se retrouve ''mis en registre'' par des procédures qui aboutissent à un ajout scriptural sur une liste cumulative. Cette ethnographie, étayée par des comparaisons, montre qu’au-delà des procédures, cet enregistrement induit un processus de transformation. La méthodologie a étroitement rapproché l’observatrice de l'action. Elle l’entraîne dans les mouvements de mise en circulation d'êtres, d’idées, d’objets et de valeurs interrogées par les débats autour du Patrimoine Culturel Immatériel. Cette position offre les conditions d’une analyse des enjeux, portés par les acteurs, autour des enregistrements patrimoniaux… et des effacements.Le vœu exaucé et les beffrois exhaussés sont célébrés par des rites. Ils conditionnent l'entrée dans une nouvelle société qui localise le mondial et mondialise le local. Une série de contradictions travaillent le réel. La valeur universelle se confronte à la valeur marchande ; la propriété universelle se heurte à l'exploitation des sites ; la mise en accessibilité induit une distanciation ; la fixation des critères se mêle à la circulation des objets ; l'éphémérisation évènementielle se conjugue à la transmission de l'histoire de l'humanité ; la mise en commun accélère une privatisation ; la coopération se mute en compétition ; l'exceptionnel s'invite à la table du quotidien. Les beffrois, nés de l'ostentation de l'autonomie communale, de la concrétisation des libertés acquises face à un autre pouvoir, portent désormais une valeur universelle. Cette opération, prise dans les concurrences territoriales, professionnelles, institutionnelles, navigue entre guerre et paix, partage et marchandisation, intérêts généraux et intérêts privés. Les transformations concomitantes du mondial et du local posent la question de fond de ce qui est commun à l'humanité. Des communes aux communs, l'exemple des beffrois révèle la fabrique contemporaine du rapport à l'espace-temps, et interroge l'usage de l’universel.