La vie professionnelle après un cancer du sein : le devenir des femmes après la reprise du travail
| Auteur / Autrice : | Garazi Ruiz de Azua Unzurrunzaga |
| Direction : | Gwenn Menvielle |
| Type : | Thèse de doctorat |
| Discipline(s) : | Épidémiologie |
| Date : | Soutenance le 18/12/2023 |
| Etablissement(s) : | Sorbonne université |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale Pierre Louis de santé publique : épidémiologie et sciences de l'information biomédicale (Paris ; 2000-....) |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Institut Pierre Louis d'épidémiologie et de santé publique (Paris ; 2014-....) |
| Jury : | Président / Présidente : Cyrille Delpierre |
| Examinateurs / Examinatrices : Emilie Counil | |
| Rapporteurs / Rapporteuses : Cyrille Delpierre, Audrey Petit |
Mots clés
Résumé
De plus en plus de femmes vivent longtemps après un diagnostic de cancer du sein, et parmi elles nombreuses sont en âge de travailler. Cela souligne l'importance de prendre en compte les effets du cancer et du traitement sur la vie quotidienne et le retour au travail. Le travail assure la stabilité financière, l'indépendance et une meilleure santé mentale. De plus, le vie professionnelle après un cancer est une thématique de plus en plus présente dans la société, que ce soit dans les médias ou les discussions politiques. Les personnes atteintes d’un cancer, quelle que soit la localisation, rencontrent des défis pour maintenir un emploi stable après le diagnostic. Bien que les facteurs associés au retour au travail aient été largement étudiés, les études sur ce qui se passe après le retour au travail sont rares. En utilisant les données de la cohorte CANTO, une large cohorte prospective comprenant des femmes diagnostiquées avec un cancer du sein de stade I-III en France métropolitaine, nous avons pu étudier la proportion de femmes ayant signalé des discriminations de la part de leur employeur après leur retour au travail et les déterminants associés, ainsi que la proportion de femmes ayant travaillé de manière continue après leur retour au travail et les facteurs associés. Pour cette dernière, une interruption professionnelle pouvait être une période de congé de maladie ou de chômage, une retraite anticipée ou une mise en invalidité. Dans la première étude basée sur 2130 femmes, nous avons constaté que 26% des femmes rapportent subir de la part de leur employeur une discrimination en lien avec la maladie. Les analyses multivariées ont révélé plusieurs associations significatives. Le fait de signaler une discrimination perçue était positivement associé au nombre de mois travaillés dans le 12 derniers mois, au fait de bénéficier d'aménagements du travail suite à la maladie, de retourner au travail par crainte de perdre son emploi, et était négativement associé au fait de travailler pour une petite entreprise de moins de 50 employés, de travailler dans le secteur public, et d'avoir une meilleure qualité de vie globale. Dans la deuxième partie de cette these portant sur 1811 femmes ayant déjà repris le travail, nous avons constaté que 77% travaillaient de manière continue trois ans après le diagnostic. Les analyses multivariées ont indiqué que le congé de maladie était principalement associé à l’âge plus jeune aux caractéristiques de la tumeur , à la fatigue, et aux aménagements de travail, tandis que l’âge plus jeune, le fait de travailler pour une entreprise privée ou plus petite, et le fait d’avoir un contrat à durée déterminée étaient associés au chômage. Les résultats de cette thèse soulignent que le retour au travail devrait être envisagé comme un processus continu plutôt qu'un objectif final. Les personnes atteintes de cancer devraient recevoir un soutien continu pour les aider dans leur parcours professionnel, en s’assurant qu’elles peuvent réintégrer le marché du travail dans les meilleures conditions, en particulier sans subir de discrimination en lien avec leur maladie, et qu'elles peuvent maintenir un emploi stable si elles le souhaitent. Pour cela, il est crucial d’accompagner toutes les parties prenantes dans ce processus, en à savoir les personnes atteintes de cancer, les professionnels de santé, les employeurs et les professionnels en santé au travail. Cependant, on manque actuellement d’information sur les processus d’accompagnement les plus efficaces, ce qui souligne la nécessité de recherches supplémentaires dans ce domaine.