Thèse soutenue

Pathos : l'empreinte de la parole : prolégomènes à l'étude du πάθος rhétorique aristotélicien

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Auteur / Autrice : Pierre Balmond
Direction : Pierre Chiron
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Langues et littératures anciennes
Date : Soutenance le 02/12/2023
Etablissement(s) : Paris 12
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale Cultures et Sociétés (Créteil ; 2010-....)
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Lettres, Idées, Savoirs (Créteil)
Jury : Président / Présidente : Marie-Pierre Noël
Examinateurs / Examinatrices : Pierre Chiron, Olivier Renaut, Paul Demont, Ettore Cingano, Pierre-Marie Morel, Camille Rambourg
Rapporteurs / Rapporteuses : Olivier Renaut

Mots clés

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Résumé

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Cette thèse propose une étude systématique de πάθος et de sa famille (πάσχειν, πάθη, ἀπαθής, πάθημα, etc.) d'Homère à la Rhétorique d'Aristote : elle vise à comprendre les significations, les usages et les enjeux de ces notions cruciales dans la littérature et la pensée grecques archaïques et classiques, et à resituer le pathos rhétorique aristotélicien (Rh. II, 1-11) dans ses différents contextes. Dans cette perspective, nous cherchons à extraire de ces termes les sèmes de passivité et de souffrance auxquels on les réduit généralement : ils désignent selon nous les événements, généralement funestes, et les expériences sensibles qui trahissent l'empreinte de l'ordre divin et formel, puis psychique, sur l'ordre humain et matériel, puis corporel. Nous tentons donc d'élaborer un autre point de vue sur le pathos, qui abandonne l'anthropocentrisme, la souffrance et la passion au profit du naturalisme, de l'épreuve et de l'affection. S'impose alors le modèle, qui traverse cette période, de l'empreinte (τύπος) : celle-ci structure en effet toutes les dynamiques à l'œuvre au sein du kosmos dominé par Zeus et fonde la parole du témoin qui, depuis l'aède jusqu'à l'orateur en passant par le messager, surgit toujours dans un contexte ritualisé et spectaculaire. Le pathos dévoile ainsi le continuum sensible qui conduit des épreuves rencontrées aux affections suscitées et qui, quelles que soient la forme et la circonstance du discours, rend les auditeurs présents à l'ordre qui gouverne la destinée des mortels. Le terme et sa famille apparaissent donc, aux Ve et IVe siècles av. J.-C., comme des « mots qui voient » (N. Loraux) et la notion en vient à instituer et à incarner la sagesse tragique du « savoir par l'épreuve » (πάθει μάθος) : cette dernière investit toutes les formes discursives pour offrir, sous des modalités différentes, son examen de la nature des hommes et des cités à un public avant tout athénien et alors plongé dans des crises successives. L'ensemble de la littérature grecque archaïque et classique est ainsi étudié à la lumière de cette sagesse qui a pris le parti de l'expérience et du corps, de son noyau conceptuel et de l'empreinte qui lui donne vie. Au terme de ce parcours exhaustif, le pathos rhétorique aristotélicien et les chapitres qui lui sont consacrés exposent, dans le sillage des Érinyes, une théorie naturaliste des affections du corps civique et de la « sensation du juste » qui habite les hommes, entre la vie et la mort et entre les dieux et les animaux.