Thèse soutenue

La richesse des bavardages ordinaires. Engager des processus de rencontre différents par la pratique scientifique et la médiation des plantes.

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Auteur / Autrice : Anouk Daguin-Delin
Direction : Jean-Marc ChomazPatrick Perré
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Sciences humaines, Art, Lettres et Langues
Date : Soutenance le 16/12/2023
Etablissement(s) : Institut polytechnique de Paris
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale de l'Institut polytechnique de Paris
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Laboratoire d'Hydrodynamique de l'École polytechnique (Palaiseau, Essonne) - Laboratoire d'hydrodynamique / LadHyX
Jury : Président / Présidente : Claire Gauzente
Examinateurs / Examinatrices : Jean-Marc Chomaz, Claire Gauzente, Pascal Nicolas-Le Strat, Nathalie Machon, Myriam Suchet
Rapporteurs / Rapporteuses : Pascal Nicolas-Le Strat, Nathalie Machon

Résumé

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L’objectif du projet La richesse des bavardages ordinaires est de créer des situations de rencontre à travers la présence familière de plantes et l’utilisation de procédés et d’instruments scientifiques étranges, voire intimidants.Dans ces conversations banales, la naissance de moments de partage et de rencontre est au cœur de la pratique. Les lieux où se déroulent ces conversations sont inhabituels, comme le hangar agricole d’Alain à Bazancourt ou la chambre de Pierrette, pensionnaire d’un établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD). Dans certains cas, les rencontres passées en suscitent de nouvelles, comme lorsque j’ai convié Alain à intervenir dans mon cours aux étudiants des Beaux-Arts de Reims pour échanger avec eux, chacun introduisant l’autre dans son univers.Ces bavardages en EHPAD, à l’hôpital, dans des institutions du monde de l’art ou des sciences et dans des lieux associatifs donnent naissance à d’intenses moments en commun où chacun partage des récits de vie, des portraits,des photos de famille...Ces bavardages révèlent la richesse intérieure et la diversité de chaque personne.Ils permettent l’échange d’expériences, de connaissances et, en particulier dans mon travail, de gestes scientifiques, comme autrefois se créait une histoire commune par le faire ensemble, par l’engagement des corps et des sens, allumer le feu de bois, pétrir la pâte puis déguster ensemble le pain devant le four banal.Avril 2022, 7 heures 09, gare de Bazancourt ; Alain vient me chercher avec son tracteur, direction le champ à côté du terrain de foot. Janvier 2020,supermarché Franprix, plateau de Saclay, je rencontre par hasard Victor,un cantonnier, nous mangeons un sandwich, il me parle de son métier...Bordeaux, septembre 2020, EHPAD Terre-Nègre, premier étage, je rencontre Jeanne, pensionnaire de 95 ans, elle me parle de son ancien appartement et de sa façon d’arroser les plantes de sa cour. Octobre 2021, j’arrive pour mon premier jour au Centre Européen des Biomatériaux et Biotechnologies de Pomacle, où je reçois mon cahier de laboratoire et rencontre Cédric qui m’explique avec passion le fonctionnement du Chromatographe en phase liquide à haute performance (HPLC). Chacune de ces rencontres est un acte artistique, la lente construction d’une relation, l’apprivoisement et l’attente pour le Renard et le Petit Prince. La retranscription de ce travail en commun, la collecte de dessins, photos,spectromètre, ou cahier de laboratoire constituent la matière des installations qui proposent aux visiteurs de prendre part à cet art en commun et de commencer avec moi ou entre eux une conversation, un bavardage.Ainsi cette thèse défend la proposition que la rencontre, le banal et les gestes partagés font art, et dans mon travail, ce commun englobe les sciences,l’agriculture, la botanique, la gastronomie, dans une forme de récursivité des rendus publics construits comme un nouveau protocole de rencontre,une réitération.Ce manuscrit invite le lecteur à entrer dans ce temps de la rencontre et faire cause commune avec les plantes, machines et humains qui peuplent ce travail : cyclamen, fleur de lune, pélargonium, betterave, microscope à contraste de phase, spectrographe, personnes âgées, agriculteurs, ouvriers,chercheurs, ingénieurs... Il s’agit ici de laisser la place à l’autre et de retranscrire cette situation d’écoute mutuelle, de faire entrer le lecteur dans l’intimité de ces relations. Les instruments des sciences naturelles, leurs ensorium étendu qui nous permet de percevoir le monde autrement et les concepts issus de sciences forment le territoire, le terrain de la rencontre et apparaissent en arrière-plan du manuscrit. La partie analytique de ce travail est aussi traitée à travers les rencontres de chercheurs en sciences humaines.