Les kinésithérapeutes, acteurs de première ligne dans la prise en charge de la lombalgie aigüe : implantation et évaluation d'un nouveau modèle de soins en maisons de santé
| Auteur / Autrice : | Amélie Kechichian |
| Direction : | Nicolas Pinsault, François Desmeules |
| Type : | Thèse de doctorat |
| Discipline(s) : | Modèles, méthodes et algorithmes en biologie, santé et environnement |
| Date : | Soutenance le 08/12/2023 |
| Etablissement(s) : | Université Grenoble Alpes |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale ingénierie pour la santé, la cognition, l'environnement (Grenoble, Isère, France ; 1995-....) |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Recherche translationnelle et innovation en médecine et complexité (La Tronche, Isère, France ; 1995-....) |
| Equipe de recherche : Equipe de recherche Techniques pour l'évaluation et la modélisation des actions de la santé (La Tronche, Isère, France ; 200.-....) | |
| Jury : | Président / Présidente : Alexandre Moreau-Gaudry |
| Examinateurs / Examinatrices : Christophe Demoulin, Christine Cohidon | |
| Rapporteurs / Rapporteuses : Paul Frappé, Alexandra Roren |
Mots clés
Résumé
Introduction : En France, en vue d’améliorer l’accès aux soins primaires et de décloisonner le système de santé, la création de structures pluri-professionnelles de santé et le développement de la collaboration interprofessionnelle sont encouragés par les autorités. Au sein de ces structures, des expérimentations de partage de tâches entre les professionnels peuvent être mises en place. Prenant la forme de « protocole de coopération », l’une de ces expérimentations autorise le transfert de la consultation du médecin généraliste au kinésithérapeute pour la prise en charge des patients souffrant de lombalgie aigüe. Aucune étude ne s’est à ce jour intéressée à l’implantation et à l’évaluation de ce nouveau modèle de soins en France.Objectifs et méthodes : Les objectifs de la thèse sont : 1- de définir le nouveau modèle de soins par rapport aux modèles existants de collaboration interprofessionnelle à l’international pour la prise en charge des troubles musculosquelettiques par l’intermédiaire d’une revue de portée ; 2- de mesurer l’acceptabilité du modèle de soins à travers une enquête transversale par questionnaire et d’en évaluer l’impact par un essai clinique randomisé contrôlé (ECR) en cluster ; 3- d’explorer l’expérience des patients et le sentiment de compétence des kinésithérapeutes à travers une étude qualitative exploratoire par entretiens semi-directifs et une étude mixte séquentielle explicative par questionnaire puis entretiens.Résultats : Le nouveau modèle de soins est assimilé à un modèle de collaboration interprofessionnelle impliquant un haut degré de collaboration clinique et organisationnelle. Il bénéficie d’une bonne acceptabilité en amont de son implantation de la part des kinésithérapeutes et des médecins généralistes exerçant en structure pluri-professionnelle de santé dans la région Auvergne-Rhône-Alpes. L’ECR en cluster mené dans 6 maisons de santé suggère la non-infériorité de la prise en charge du kinésithérapeute en première intention par rapport à la prise en charge usuelle du médecin généraliste sur l’incapacité des patients à 6 semaines mesurée par le Roland Morris Disability Questionnaire, considérant une différence minimale cliniquement importante de 5 points sur 24 (n=60, différence moyenne ajustée entre les groupes : 0,388, IC95% : -2,03 ; 2,81, p=0.753). Aucune différence statistiquement significative n’est retrouvée entre les groupes sur les résultats cliniques secondaires à 6 semaines et 3 mois (douleur et incapacité), les temps d’attente et le niveau de satisfaction des patients. Les kinésithérapeutes ont prescrit significativement moins de médicaments que les médecins généralistes (p<0,001). Les patients se sont montrés favorables à la mise en place de ce nouveau modèle de soins et rapportent une expérience globale positive. Les kinésithérapeutes se sentent compétents pour élaborer le diagnostic de lombalgie et prescrire des séances de kinésithérapie mais rapportent un sentiment de compétence plus faible pour la prescription d’anti-inflammatoires et d’arrêts de travail. Les critères d’inclusion restrictifs du protocole ainsi que les difficultés organisationnelles liées à son aspect innovant ont néanmoins restreint le nombre de consultations ayant pu être réalisées.Conclusion : Les travaux de recherche menés offrent un aperçu de l’implantation et de l’évaluation d’un modèle innovant impliquant des compétences étendues pour les kinésithérapeutes en France. Des perspectives d’amélioration du modèle sont à envisager pour en faciliter le déploiement et en augmenter l’impact. Ces travaux s’inscrivent dans l’actualité de l’évolution de la profession en France et doivent être poursuivis. La mise en œuvre de ces modèles encourage l’émergence de la pratique avancée en kinésithérapie en France, qui devrait être développée en considérant les recommandations émises à l’international.