Thèse soutenue

La fragilité des limites : une lecture de la critique de la modernité chez Alain Finkielkraut

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Auteur / Autrice : Matilde Anxo
Direction : Frédéric BrahamiUgo Ruiz
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Etudes politiques (option : Philosophie politique)
Date : Soutenance le 13/12/2023
Etablissement(s) : Paris, EHESS en cotutelle avec Göteborgs universitet
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales
Jury : Président / Présidente : Christina Lindqvist
Examinateurs / Examinatrices : Christina Lindqvist, Claude Habib, Karl Ågerup, Giulio De Ligio
Rapporteurs / Rapporteuses : Claude Habib, Karl Ågerup

Résumé

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Alain Finkielkraut participe depuis plus de quarante ans aux débats qui ont structuré et qui ont parfois divisé la vie publique et intellectuelle en France. C’est un penseur qui suscite à la fois la controverse, la réprobation et l’admiration. Cette thèse a pour objectif d’aller par-delà ces considérations normatives et propose une analyse herméneutique de sa pensée. Nous soutenons ici que la question des limites forme une constante dans sa pensée et que sa conception des limites est nécessaire pour comprendre sa critique de la modernité. La limite, dans ses dimensions temporelles et spatiales, structure la relation entre l’Ancien et le Nouveau, protège la durabilité du monde commun et trace la distinction entre le public et le privé, assurant ainsi à la fois la séparation et l’alliance entre les hommes dans le monde commun. Pour cette raison, la première partie se propose d’identifier les limites sous leurs différentes formes dans la pensée de Finkielkraut. Elle s’attache à sa critique « négative » de la modernité et éclaire comment sa conception des limites le guide dans sa critique du monde contemporain, notamment en ce qui concerne l’évolution de l’éducation, de l’héritage ou du processus d’égalisation. La limite est appréhendée dans ses diverses dimensions temporelles, spatiales et ontologiques, ainsi qu’à travers les différentes strates du monde humain, réparties entre le singulier, l’universel ou encore le particulier. La deuxième partie s’attache à la vision de la littérature de Finkielkraut et comment il appréhende celle-ci comme un contre-poids à l’idéologie ou à la doxa. Nous montrons que la littérature constitue à la fois une exploration épistémologique et une exploration éthique pour le philosophe. L’exploration épistémologique renvoie à l’idée que la littérature peut procurer un autre savoir que les sciences. C’est le savoir du particulier et de l’imprévisible, propre à la condition humaine. Cette connaissance relève de la nuance et de la mesure et s’oppose au fantasme qui, au contraire, renforce les préjugés. Elle diffère du concept philosophique car ce n’est pas le général qu’elle vise mais les vies individuelles. L’exploration éthique de et par la littérature signifie qu’elle permet de sortir de la subjectivité et comprendre d’autres vécus, permettant alors d’élargir l’horizon de compréhension. En ce sens nous identifions comment le roman dans sa conception finkielkrautienne, offre la possibilité de rendre compte de la pluralité humaine. Finalement, la troisième partie s’intéresse à la critique « positive » de Finkielkraut, à « la modalité du pouvoir être », autrement dit sa proposition de monde. Elle met en relief ce que Finkielkraut préconise comme nécessaire à la condition humaine, condition humaine qui dépend selon lui à la fois de l’Ancien et du Nouveau, d’une alliance entre le singulier, l’universalisme et le particularisme, et de l’association de la liberté et de la culture, de la volonté et de l’appartenance.