Thèse soutenue

Chuter et se reparer : ethnographie des réparations du mouvement slow fashion à Paris

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Auteur / Autrice : Aurélia Gualdo
Direction : Anne Monjaret
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Anthropologie sociale et ethnologie
Date : Soutenance le 17/11/2023
Etablissement(s) : Paris, EHESS
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales
Jury : Président / Présidente : Monica Heintz
Examinateurs / Examinatrices : Monica Heintz, Caroline Ibos, Marc Loriol, Margot Leclair, Giulia Mensitieri, Michel Naepels
Rapporteurs / Rapporteuses : Caroline Ibos, Marc Loriol

Résumé

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Reparer : (re-pa-ré), v. a. Parer de nouveau. Cette recherche doctorale porte sur les dimensions réparatrices des processus d’engagement pour la mode. Partant du constat que la mode, par sa représentation futile et ses objets éphémères qui en découlent (Lipovetsky, 1987), semble s’être éloignée du politique, notamment depuis l’instauration du système néolibéral de la fast fashion dans les années 1990 entraînant une perte de sens du système-mode (Mensitieri, 2017), cette étude vise à analyser la reconquête du sens politique dans la mode, liée à la transition écologique qui est en train de s’opérer et en particulier, à travers le phénomène d’une (re)politisation des designers de mode. Ceci me conduit à saisir comment les membres du mouvement slow fashion se sont emparé.e.s de la question, comment iels se positionnent, s’engagent, et pour certain.e.s se (re)parent et se (re)construisent, pour mieux s’inscrire dans un projet d’écologie sociale à partir de l’examen de leur pratique professionnelle et/ou d’activiste. L’enquête a été réalisée entre octobre 2016 et février 2020 à Paris au sein des communautés slow fashion situées dans plusieurs espaces à Paris : des espaces associatifs (Fashion Revolution France, Universal Love), quelques showrooms et salons de mode, une institution publique, les Ateliers de Paris (incubateur, service public de la mairie de Paris, dédié aux métiers d’art, de la mode et du design) et l’atelier d’une designer de mode. Le terrain s’est révélé intéressant pour comparer les politiques publiques menées, au niveau national (français), et locale (parisien), aux processus de politisation des membres du mouvement slow fashion. Face à la violence structurelle du système-mode, j’ai pu dégager trois phases de réparation (Résilience, Réparation, Transformation) illustrant des pratiques de domination, de résistance et d’infrapolitique, entremêlées dans des stratégies de dépolitisation des actions publiques. En effet, ces formes stratégiques, dans le cadre de la transition écologique du secteur de la mode, neutralisent et invisibilisent la dimension politique des réparations. Par ailleurs, déconstruire les politiques publiques à travers l’observation des savoir-faire vestimentaires (la réparation visible/visible mending et la transformation/upcyling) a permis d’identifier les processus politisants du mouvement slow fashion en lien avec la fonction cognitive du toucher, questionnant ainsi une possible capacité politique de la perception haptique par incorporation des savoir-faire. La thèse interroge également les réparations reliées à la santé mentale dans le travail créatif, notamment via les syndromes de burn-out, solastalgie et éco-anxiété, et comment les alternatives de production dans le secteur de la mode reflètent des vides juridiques. Une politique par la vulnérabilité est alors en jeu dans les combats des fashion activistes et des designers de mode remettant en question la valeur reproductive du travail bien connue dans les pays du Sud global, tout en questionnant cette valeur dans les pays du Nord global.