Thèse soutenue

Le port en révolte : écologies de la contestation dans la région portuaire de Rio de Janeiro

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Auteur / Autrice : David Amalric
Direction : Daniel CefaïMariana Cavalcanti
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Sociologie
Date : Soutenance le 22/09/2023
Etablissement(s) : Paris, EHESS
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales
Jury : Président / Présidente : Dominique Vidal
Examinateurs / Examinatrices : Dominique Vidal, Mathieu Berger, Camille Goirand, Patrícia Birman, Agnès Deboulet
Rapporteurs / Rapporteuses : Mathieu Berger, Camille Goirand

Résumé

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Abritant en son cœur la première favela de la ville, la région portuaire de Rio de Janeiro a été profondément affectée depuis 2009 par les grands projets d’aménagement urbain et la politique de « pacification » policière mis en place à la veille des grands événements sportifs – ainsi que par la crise et l’abandon partiel de ces derniers. Cette thèse est une enquête sur les formes d’action contestataire qui émergent dans ce contexte de transformations urbaines. Centrée sur l’ethnographie, à la veille des Jeux Olympiques de 2016, d’une occupation lycéenne située au pied de la favela, elle s’attache également à décrire le quotidien de plusieurs activités militantes (éducation populaire, ciné-clubs, visites touristiques engagées) et à remonter le fil de mobilisations passées, en particulier le mouvement des squats de sans-domicile et la lutte des habitants de la favela de Providência contre les évictions mises en œuvre par la Mairie. Elle s’appuie pour ce faire en grande partie sur l’observation participante, mais aussi sur des entretiens rétrospectifs et sur l’analyse de nombreuses sources et publications récentes (sites officiels, médias, réseaux socio-numériques). Il s’agit alors de revisiter les questionnements sur le « droit à la ville » ou sur les « mouvements sociaux urbains » et leur résurgence, à partir d’une perspective que nous qualifions ici d’écologique, située au croisement des études urbaines et de la sociologie des mobilisations. Puisant dans la tradition de l’école de Chicago, dans la conception abbottienne des « écologies liées » et dans les apports d’une écologie de l’expérience, cette approche se déplie en deux volets principaux : elle réinscrit les activités contestataires dans la configuration urbaine spécifique des quartiers portuaires, que la première partie de la thèse s’attache à étudier en détails, sous les angles successifs de l’expérience et de l’agencement des formes urbaines (chapitre 1), du passé de la région et de ses mises en intrigue (chapitre 2), et enfin de ses transformations inachevées, c’est-à-dire des conséquences matérielles, socio-économiques et territoriales des politiques urbaines puis de leur crise (chapitre 3). L’étude du contexte spatial apparaît de ce point de vue, non pas comme un simple préambule obligé, mais comme un enjeu central de l’analyse, soutenu par un travail approfondi d’ethnographie urbaine. La deuxième partie de la thèse est quant à elle focalisée sur les activités contestataires proprement dites : elle associe l’étude historique des dynamiques et des cycles de la contestation portuaire entre 2004 et 2018 (chapitre 4) ; l’ethnographie détaillée, au cœur des quartiers portuaires (et dans le cadre plus large d’un mouvement de grande ampleur qui touche tout l’État de Rio de Janeiro), de l’occupation d’un lycée, à laquelle j’ai pu quotidiennement prendre part au cours de ses deux mois d’existence (chapitre 5) ; et enfin l’analyse plus conclusive de ce que je qualifie d’écosystème contestataire, constituant le second volet de cette approche écologique (chapitre 6) : à savoir, l’imbrication d’acteurs, de lieux, de répertoires d’action, de sens et d’identités collectives qui, par leurs multiples jeux d’interactions et de circulations, contribuent à la « fertilisation croisée » des activités contestataires (mais parfois aussi à son contraire). Plusieurs objets se dégagent à ce titre de l’analyse – comme le rôle matriciel, dans les dynamiques de mobilisation, de la relation pédagogique entre élèves et enseignants; ou encore l’importance de l’occupation comme mot d’ordre commun rassemblant des modes d’action divers (mais communicants), et plus largement comme relation à l’espace et à la ville. Ce dernier chapitre est alors l’occasion de fournir quelques réponses à l’étonnement initial qui anime cette recherche : comment se fait-il que la région portuaire ait abrité au cours des quinze dernières années une telle densité de mobilisations et d’activités à teneur contestataire ?