Thèse soutenue

Des chirurgies sexuelles féminines de « reconstruction » : Circulation de pratiques médicales et construction des corps féminins en médecine : Une enquête multi-située entre France et Égypte du corps exilé au corps globalisé

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Auteur / Autrice : Sarah Boisson
Direction : Marie Lesclingand
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Sociologie
Date : Soutenance le 07/02/2023
Etablissement(s) : Université Côte d'Azur
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale Sociétés, humanités, arts et lettres (Nice ; 2016-....)
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Unité de recherche Migrations et Société. UMR 8245 (CNRS). UMR 205 (IRD) (Paris et Nice ; 2014-)
Jury : Président / Présidente : Nicolas Puig
Examinateurs / Examinatrices : Jean-Michel Lafleur, Laura Schuft
Rapporteurs / Rapporteuses : Véronique Petit, Dominique Memmi

Résumé

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Historiquement, se sont observées dans différentes zones géographiques et époques des pratiques de modifications génitales féminines comme l'excision, des clitoridectomies, des sutures et autres interventions sur l'hymen. Loin d'être disqualifiées par l'apparition de la médecine moderne, certaines de ces pratiques, ou leur réparation, ont été assimilées par le secteur médical, et de ce fait, légitimées. Les progrès de la sphère biomédicale depuis les années 1970 ont ouvert un nouveau champ médical autour des techniques chirurgicales de (re)constructions génitales féminines. La thèse se concentre sur deux pratiques chirurgicales de « reconstruction », celle de la restauration de l'hymen et celle de la reconstruction du clitoris après une excision, tout en questionnant leurs circulations entre la France et l'Afrique du Nord - Egypte et Tunisie -, leurs modalités de transmission et d'adaptation à des contextes nationaux et sub-nationaux différents. S'interroger sur la circulation de techniques médicales « de l'intime » et les conceptions du « reconstruire » génital, permet d'aborder plusieurs terrains. En effet, plusieurs travaux se sont intéressés à ces reconstructions dans le contexte européen d'immigration. Néanmoins, leur implantation et la circulation dans les pays d'origine, liées à la mobilité des professionnel∙les de santé, des patientes et la circulation des savoirs médicaux n'a, jusqu'à présent, pas fait l'objet de travaux scientifiques en sciences sociales. C'est donc une approche globale multi-située de l'étude de pratiques médicales traitant de l'intime féminin et de l'idée de (re)construire le sexe des femmes qui a été mise en œuvre et qui tend en cela à dépasser certains biais ethnocentrés. En quoi ces chirurgies s'inscrivent-elles dans des rapports de genre, de classe, ainsi que dans les rapports Nord-Sud, dans ces différents contextes socio-culturels ? Comment celles-ci se déploient-elles dans un nouveau paradigme de santé globale où se juxtaposent des phénomènes migratoires et de circulation de pratiques ? Ces techniques s'articulent toutes deux avec des impératifs dits « traditionnels » ou « culturels » et semblent ainsi s'inscrire dans des processus de contournements normatifs mis en œuvre par les femmes. Des mythes anatomiques et une production structurelle d'ignorance -analysée au prisme des ignorance studies - sur l'appareil génital féminin se retrouvent alors au cœur de ces demandes chirurgicales. La méthodologie développée conjugue une recherche multi-située par entretiens (n=65) avec des médecins, des femmes et des acteur∙trices d'institutions ou d'associations gravitant autour de ces procédures médicales, ainsi que des observations ethnographiques dans le milieu médical et dans des groupes de paroles de patientes. Une étude textuelle d'un corpus de presse (n=204 articles) dans le contexte médiatique français touchant à la représentation de ces chirurgies dans l'espace public vient compléter cette recherche. Des données chiffrées relatives à la fréquence des actes médicaux minoritaires et des données socio-démographiques ont été mobilisées selon leur disponibilité dans les différents contextes étudiés. Il ressort de cette étude que ces chirurgies sont identifiées dans le discours médical des praticien∙nes interrogé·es comme des pratiques ethniques - ou au moins socialement situées dans des espaces où les personnes sont plus fortement soumises à la « culture ». Elles s'inscrivent aussi dans des circulations et des adaptations en lien avec les discours identitaires sur le nationalisme sexuel. Tous les discours collectés ont une dimension culturalisante et altérisante vis-à-vis des groupes socio-culturels auxquels appartiennent les patientes. Ces processus se matérialisent de manière différenciée selon les lieux d'étude. Ces chirurgies semblent toujours jouer un rôle intégrateur sur le plan corporel soit pour se maintenir dans un milieu social, soit pour s'adapter à un nouveau milieu ou contexte.