Thèse soutenue

L'idée de tolérance au siècle des Lumières : aspects politiques et juridiques de la question protestante en France (1748-1791)

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Auteur / Autrice : Clara Cwikowski
Direction : Éric GaspariniJean-Philippe Agresti
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Histoire du droit
Date : Soutenance le 02/12/2023
Etablissement(s) : Aix-Marseille
Ecole(s) doctorale(s) : École Doctorale Sciences juridiques et politiques (Aix-en-Provence)
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Centre d'études et de recherches d'histoire des idées et des institutions politiques (Aix-en-Provence, Bouches-du-Rhône)
Jury : Président / Présidente : François Quastana
Examinateurs / Examinatrices : François Quastana, Virginie Lemonnier-Lesage, Bernard Durand, Patrick Cabanel, Laurent Reverso
Rapporteurs / Rapporteuses : Virginie Lemonnier-Lesage, Bernard Durand

Résumé

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À l’origine, l’idée de tolérance émerge en France, au cœur du XVIe siècle, dans un royaume déchiré par les guerres entre catholiques et protestants. Plongeant ses racines dans la théologie morale, cette notion comporte indubitablement une dimension péjorative. Loin de constituer un idéal, elle est identifiée comme l’expédient qui permet, pour une durée déterminée, la coexistence civile des frères ennemis. Un abysse semble se dessiner entre cette conception primaire de la tolérance et sa compréhension moderne. Elle désigne désormais une vertu, synonyme d’ouverture d’esprit et de respect des opinions d’autrui. Cette appréhension est un legs des Lumières qui, en lui insufflant un contenu positif et en le popularisant, sont parvenues à briser ce cocon réducteur pour faire éclore une acception novatrice. Véritable antienne au XVIIIe siècle, l’idée de tolérance est intrinsèquement liée au destin des protestants français. Avec l’adage « une foi, une loi, un roi » comme horizon, la politique religieuse louisquatorzienne avait entériné la disparition de la « religion prétendue réformée » et de ses fidèles du royaume. Si Louis XV perpétue la fiction juridique initiée par son prédécesseur, celle-ci est démentie par la reconstitution clandestine des Églises réformées. Face à la persistance du protestantisme, l’attitude des autorités oscille entre répression et indulgence. Dès lors, une littérature prolifique voit le jour pour dénoncer la précarité du statut des religionnaires et l’insécurité dans laquelle ils sont conséquemment plongés. Brandissant l’étendard de la tolérance, plusieurs plumes se meuvent pour solliciter la fin des rigueurs et l’intégration juridique des huguenots, voire la reconnaissance de cette minorité religieuse. Ces écrivains, bien qu’ils appartiennent à des milieux différents, réclament à l’unanimité l’amélioration du sort de ces régnicoles. Pasteurs du Désert, philosophes, catholiques modérés, juristes, commis de l’État vont, malgré des objectifs divers, et parfois antithétiques, réussir à converger autour de la question protestante et participent à forger le concept moderne de tolérance. Ils vont mener une réflexion sur le politique et le religieux, sur l’articulation entre l’Église et l’État, afin de défaire l’illusion d’un royaume tout catholique et ériger un modèle où l’appartenance religieuse ne serait plus un obstacle à l’appartenance à la communauté politique